Lundi 17 décembre 2018

Rétrospective

L’abstraction géométrique comme langage

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 13 avril 2010 - 726 mots

La Tate Modern, à Londres, retrace le parcours de Theo Van Doesburg, figure majeure dans les échanges entre les avant-gardes européennes au début du XXe siècle.

LONDRES - Que Van Doesburg – Christian Emil Marie Küpper dit Théo – fut artiste radical et multidisciplinaire, on n’en doute point. Il suffit, pour s’en convaincre, de parcourir la vaste et passionnante rétrospective que lui consacre la Tate Modern, à Londres, intitulée « Van Doesburg et l’Avant-garde internationale : construire un nouveau monde ». Le visiteur y découvre un homme qui jongle avec différentes casquettes – architecte, peintre, designer, critique d’art, poète, typographe, éditeur… –, avec une relative aisance et une égale réussite.

Né en 1883 à Utrecht (Pays-Bas) et mort en 1931 à Davos (Suisse), Van Doesburg fut une figure majeure du développement de l’abstraction géométrique. Il joua surtout un rôle pivot, entre 1917 et 1931, dans les échanges avec les artistes avant-gardistes européens et, plus particulièrement, ceux qui partageaient son désir de construire un monde nouveau, tels les constructivistes El Lissitzky et László Moholy-Nagy ou les dadaïstes Hans Arp et Kurt Schwitters, sans oublier, évidemment, ses collègues du groupe De Stijl que Van Doesburg a fondé, en 1917, et dont le membre le plus éminent fut le peintre Piet Mondrian.

C’est ce que montre à l’envi cette exposition, non seulement à travers les propres œuvres de Van Doesburg, mais également à travers leur mise en regard avec des travaux de quelque 80 artistes. Influencé par les écrits de Wassily Kandinsky, notamment par son ouvrage Du spirituel dans l’art, paru en 1911, Van Doesburg cherche à établir un vocabulaire visuel composé de formes géométriques élémentaires compréhensibles de tous.

En témoignent, dès le début du parcours, des toiles aux lignes et aux aplats rigoureux et limpides, comme le stylisé Arbre et le psychédélique Cosmic Sun, ou, plus loin, le grand vitrail Composition IV destiné à la maison De Lange, à Alkmaar (Pays-Bas). Ce vocabulaire, Van Doesburg le veut adaptable à n’importe quelle discipline, le déclinant allègrement à travers les autres médiums, et ce jusqu’au début des années 1930, lorsqu’il forme le groupe Art concret. L’ambition du peintre est claire : créer un langage universel.

Entre deuxième et troisième dimension
Outre la peinture, il est une autre discipline dans laquelle Van Doesburg affiche sa virtuosité : le graphisme. On peut notamment voir, dans l’exposition, l’identité visuelle qu’il a dessinée pour le groupe De Stijl et pour sa revue éponyme, qu’il dirigea de 1917 à 1928, ainsi que quelques monogrammes raffinés, dont celui imaginé pour l’architecte néerlandais J. J. P. Oud, dans lequel les initiales s’évitent ou s’entrelacent avec subtilité. Idem lorsque l’image est en mouvement. Ainsi en est-il de ce film en noir et blanc de Viking Eggeling, intitulé Symphonie diagonale : huit minutes pendant lesquelles se déploie à l’écran une étonnante chorégraphie de signes.

À mi-parcours, un tableau joue la transition entre deuxième et troisième dimension : Proun 1C, d’El Lissitzky, un motif de lignes et de plans qui s’interpénètrent et se métamorphosent en volumes. Ce principe ne pouvait qu’exercer une certaine fascination sur les designers et les architectes. À preuve, les pièces de mobilier montrées, comme une chaise avec accoudoirs dessinée par Marcel Breuer ou une splendide commode en sycomore signée Gerrit Rietveld.

De même en est-il avec l’architecture. Avec un fond blanc, des lignes noires et des aplats de couleurs bleu, jaune et rouge, la façade du Café De Unie de J. J. P. Oud et la villa Schröder de Rietveld évoquent indubitablement, aujourd’hui encore, les toiles de Mondrian ou de… Van Doesburg, lequel cosignera d’ailleurs plusieurs projets de maisons particulières avec le maître d’œuvre néerlandais Cornelis Van Eesteren.

Si le travail de Van Doesburg – la chambre des fleurs et le jardin d’hiver – avec l’architecte Robert Mallet-Stevens à la villa Noailles, à Hyères, est curieusement absent de la présentation, sa principale réalisation, le café-restaurant-dancing L’Aubette, à Strasbourg, est elle, en revanche, décortiquée de long en large. Maquettes, esquisses et meubles évoquent la genèse de cet aménagement intérieur conçu, entre 1926 et 1928, avec Hans Arp et Sophie Taeuber-Arp et aujourd’hui reconstitué en partie. Ce projet essentiel illustre à merveille la quête majeure de Van Doesburg : une synthèse des arts.

VAN DOESBURG ET L’AVANT-GARDE INTERNATIONALE : CONSTRUIRE UN NOUVEAU MONDE,
jusqu’au 16 mai, Tate Modern, Bankside, Londres, www.tate.org.uk/modern, tlj sauf lundi 10h-18h, vendredi et samedi 10h-22h

VAN DOESBURG

Commissaires : Gladys Fabre, commissaire indépendante, et Vicente Todoli, directeur de la Tate Modern

Nombre d’œuvres : plus de 350

Nombre de salles : 12

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°323 du 16 avril 2010, avec le titre suivant : L’abstraction géométrique comme langage

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