Samedi 5 décembre 2020

XIXe

La vie parisienne

Le Palais Lumière, à Évian, confronte trois regards sur les rues de Paris

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 15 février 2011 - 545 mots

ÉVIAN - Trois artistes, deux générations et l’espace public : Honoré Daumier (1808-1879), Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923) et Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) se retrouvent au Palais Lumière d’Évian (Haute-Savoie) pour une promenade dans les rues de Paris.

Une rencontre provoquée par une équipe de commissaires qui voit en ce trio des artistes qui ont largement travaillé à l’illustration de journaux, très abondants à l’époque, et qui ont largement pris  comme sujet la rue et les gens qui la peuplent. Mais en y insufflant leur vision et leur sensibilité propre.
Comme l’atteste le catalogue de l’exposition, dépourvu de bibliographie et d’une véritable étude scientifique, « Daumier, Steinlen, Toulouse- Lautrec. La vie au quotidien » est destiné au grand public et l’invite à user de son sens de l’observation pour découvrir les différences entre les trois artistes dans leur approche du sujet. Par le biais de films et de photographies d’époque agrandies sur écran, d’illustrations sonores discrètes, de réverbères et de bancs publics, la scénographie plonge le visiteur dans la rue pour qu’il en devienne un passant.
Si Daumier est connu pour ses caricatures politiques, Toulouse-Lautrec pour ses tableaux et ses affiches et Steinlen pour ses chats, le macadam – ou plutôt l’espace public – est leur terrain d’entente. Au fil de quelque 200 œuvres, le parcours déroule ses thématiques avec force distinction : les cafés et les ravages de l’alcool, les petits métiers, les transports en commun, le couple, la rue comme terrain de chasse, le théâtre, le cabaret et la maison close. On passe en douceur du monde diurne, en version masculine chez Daumier, et en version féminine chez Steinlen, à la vie nocturne, plus intime, hantée par Toulouse-Lautrec et ses compagnons d’(in)fortune. À cet égard, les comparaisons proposées entre les intérieurs d’omnibus croqués aussi bien par Daumier que Steinlen sont éloquentes : elles mettent en évidence le besoin du comique de situation du premier (l’omnibus est un terrain mouvant, les gens s’y bousculent, un brouhaha s’en dégage), et le caractère « sans parole » du second (l’atmosphère est pesante, les passagers sont immobiles et fixent le vide).

Une sélection efficace
On assiste ici à l’évolution de la mise en scène soignée et bavarde de Daumier, aux portraits de rue silencieux de Steinlen et au synthétisme tant narratif qu’esthétique de Toulouse-Lautrec : Daumier s’attache aux archétypes (commerçants, bourgeois, petites gens…) et se distingue par sa volonté de provoquer une réaction chez le spectateur, Steinlen croque avec mélancolie l’environnement qu’il observe en se mettant du côté des plus démunis, tandis que Toulouse-Lautrec dépeint son univers immédiat et représente des personnages connus de la nuit parisienne.
La sélection des œuvres vise juste et sert le propos avec efficacité, mais on regrettera leur qualité inégale. Le visiteur devra se contenter, au long de ce parcours, des lithographies de Daumier parues dans les journaux où les textes au verso apparaissent en transparence. Mais on ne peut s’insurger contre la politique de conservation et de prêt stricte de la Bibliothèque nationale de France, qui renferme la plupart des lithographies originales de l’artiste, dont la fraîcheur est restée extraordinaire.

DAUMIER, STEINLEN, TOULOUSE-LAUTREC

Commissariat : Sylvie Gonzalez, conservatrice au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis ; Raphaële Martin-Pigalle, attachée de conservation au Musée de Montmartre ; Robert Rocca, commissaire indépendant

 Scénographie : Frédéric Beauclair

DAUMIER, STEINLEN, TOULOUSE-LAUTREC. LA VIE AU QUOTIDIEN,

jusqu’au 8 mai, Palais Lumière, quai Alfred-Besson, 74500 Évian, tél. 04 50 83 15 90, www.ville-evian.fr tlj 10h30-19h, le lundi 14h-19h. Catalogue, éd. Somogy, 196 p., 35 euros, ISBN 978-2-7572-0443-6

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°341 du 18 février 2011, avec le titre suivant : La vie parisienne

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