La vie des bêtes

Le Louvre redécouvre l’œuvre de Pieter Boel

Le Journal des Arts

Le 8 février 2008

Venu de Flandres, le peintre animalier Pieter Boel (1622-1674) a participé de 1668 à 1671 à la tenture des Maisons royales, au côté de Charles Le Brun.Issus de cette commande, les esquisses peintes et les dessins présentés au Louvre révèlent un artiste d’une rare sensibilité, habile à capturer sur la toile ou le papier le mouvement même de la vie animale. En outre, cette exposition couronne un patient travail de reconstitution
d’un ensemble de peintures longtemps privé d’auteur et dispersé dans de nombreux musées français.

PARIS - Pour l’histoire de l’art, Pieter Boel apparaît comme un second rôle talentueux, dont personne n’aurait retenu le nom, le mérite revenant au metteur en scène et à l’acteur principal, en l’occurrence Charles Le Brun. Aux Gobelins, le premier peintre du roi occupe en effet une place éminente, notamment dans cette superproduction qu’est la tenture des Maisons royales. Dans le cadre d’une telle entreprise, il revient à des “peintres à talents”, spécialisés dans certains genres, de concevoir les éléments accessoires. Pieter Boel est de ceux-là, et son talent s’exprime dans la peinture d’animaux vivants. Venu d’Anvers rejoindre la véritable colonie flamande gravitant autour de Le Brun, il se met au travail vers 1668. Les esquisses peintes et les dessins présentés aujourd’hui au Louvre sont le fruit de cette activité qui l’occupe jusqu’en 1671. Ses modèles, il les trouve vraisemblablement à Versailles, où la Ménagerie construite dans le parc abrite aussi bien des animaux de nos contrées que des bêtes exotiques. Les espèces les plus variées, à plume ou à poil, défilent dans ses esquisses brossées avec une matière légère sur un fond rose ou rouge. Sa technique se prête merveilleusement au rendu du pelage ou du plumage, et confère un naturel étonnant aux différents animaux saisis sur le vif dans les attitudes les plus diverses. Sur une seule toile voisinent souvent divers points de vue sur une même bête qui devient ainsi l’objet d’un véritable portrait. Certes, Pieter Boel s’inscrit dans la lignée de Jan Bruegel de Velours, Frans Snyders, Jan van Kessel ou de son maître Jan Fyt. Mais tous ces animaux “constituent un véritable matériel de peintre dont il n’existe, à notre connaissance pas d’exemple dans l’histoire de la peinture à cette date”, souligne Élisabeth Foucart-Walter dans le catalogue. Bien avant Desportes, Oudry ou Barye, l’Anversois a porté l’art animalier à une sorte de perfection.

Cette sensibilité, ce sens aigu de l’observation, s’expriment avec encore plus de force peut-être dans ses dessins, tous réalisés à la pierre noire, mais souvent rehaussés au pastel. Si son œuvre de peintre a longtemps été occulté, son travail de dessinateur restait connu, à défaut d’être montré. Cette technique sied – plus que l’esquisse – à l’observation attentive de la vie en mouvement. De l’expression apeurée de la civette au rictus burlesque du dromadaire, du sommeil débonnaire du lion à la souplesse altière de l’autruche, chaque animal s’individualise sous son crayon, en une série d’instantanés. Les quatre feuilles consacrées à l’éléphant du Congo ne sont pas les moins saisissantes, à commencer par la charge du pachyderme semblant foncer vers l’artiste. Si l’on en croit les multiples notations plus ou moins achevées, les ours se sont révélés bien remuants pour Boel. Mais au-delà du naturel, il parvient à dévoiler, par l’intensité du regard qu’il prête à ses modèles, la part humaine chez la bête. L’expression mélancolique de la chèvre confirme ce talent de portraitiste.

- PIETER BOEL, PEINTRE DES ANIMAUX DE LOUIS XIV, jusqu’au 17 décembre, Musée du Louvre, aile Sully, 75001 Paris, tél. 01 40 20 51 51, tlj sauf mardi 9h-17h30, mercredi jusqu’à 21h30. Catalogues : Pieter Boel (1622-1674), peintre des animaux de Louis XIV. Le fonds des esquisses peintes des Gobelins, RMN, 2001, 160 p., 143 ill., 150 F ; Sur le vif. Dessins d’animaux de Pieter Boel, RMN/FMR, 2001, 112 p., 65 ill., 190 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°133 du 28 septembre 2001, avec le titre suivant : La vie des bêtes

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque