L.A., terre de contrastes

Le Journal des Arts

Le 5 décembre 2008

L’art peut-il être le miroir d’une réalité sociale et géographique ? L’exposition « Sunshine & Noir », au Castello di Rivoli, se propose de répondre à cette question à travers l’exemple emblématique de Los Angeles, des années soixante à 1990, entre California Dream et pauvreté extrême.

TURIN (de notre corres­pon­dant) - Le Castello di Rivoli ac­cueille pour la deuxième fois cette année une exposition d’art américain, après le succès l’hiver dernier des œuvres majeures du Whitney Museum de New York. Cette nouvelle manifestation consacrée à l’art à Los Angeles des années soixante à nos jours, après plusieurs étapes, terminera sa tournée à l’automne au Armand Hammer Museum de Los Angeles. Le commissaire Lars Nittve, nouveau directeur de la Tate Gallery of Modern Art, à Londres, l’a intitulée “Sunshine & Noir”, afin de souligner les profonds contrastes qui caractérisent Los Angeles. Ville “infernale” et “jardin d’Éden” tout à la fois, cette cité – où il fait presque toujours beau – a pourtant vu naître le film noir. Le luxe de Hollywood voisine avec la pauvreté de Compton, et 60 % des gens qui vivent le rêve californien ne sont pas anglo­phones. Les quarante années couvertes par l’exposition ont vu naître le Los Angeles multiculturel d’aujourd’hui, et l’art produit dans la mégalopole de la côte Ouest en est un fidèle reflet. Lars Nittve montre bien cette évolution en prenant comme point de départ les tendances les plus actuelles. Au renouveau austère de l’art conceptuel et du minimalisme de Charles Ray et Jason Rhoades – tendance privilégiée par le collectionneur Giuseppe Panza di Biumo, qui a légué une part importante de sa collection au Los Angeles County Museum of Art –, s’oppose une tendance davantage liée au quotidien et au viscéral qu’illustrent les portraits pho­tographiques de minorités de Laura Aguilar, les performances de Paul McCarthy, les installations de Mike Kelley, la critique acerbe du mode de vie américain de Kim Dingle, et les portraits déviants de Catherine Opie.

La performance trouve ses racines dans l’Action Painting, représenté à Los Angeles par John Altoon et Sam Francis. Dans le domaine pictural, une comparaison s’impose aussi entre des peintres abstraits – voire métaphysiques – tels Richard Diebenkorn et son prédécesseur John McLaughlin, et des peintres figuratifs comme David Hockney, l’exilé anglais, ou encore Llyn Foulkes, qui utilise le langage pictural pour démythifier le rêve américain.

L’art californien est également à l’honneur dans la collection de Sandretto Re Rebaudengo à Turin, jusqu’au 6 septembre. L’exposition de la Fondation Rebaudengo, à Guarene d’Alba, d’œuvres provenant de collections italiennes, vient compléter celle du Castello di Rivoli, souvent avec les mêmes artistes. Le com­missaire Francesco Bonami y développe les rapports du corps et de l’individu à l’espace, à la société et à l’environnement.

SUNSHINE & NOIR, ART À LOS ANGELES 1960-1990, jusqu’au 23 août, Castello di Rivoli, piazza del Castello, Rivoli, tél. 39 11 958 15 47, tlj sauf lundi 10h-17h, samedi, dimanche et fêtes 10h-19h, 1er et 3e jeudi du mois 10-22h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°61 du 22 mai 1998, avec le titre suivant : L.A., terre de contrastes

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