Dimanche 16 décembre 2018

La Suisse passe à l’heure russe

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 23 mars 2010 - 339 mots

Peindre après une période de jeûne, sur un support de bois – rappelant la Croix du Christ –, relater l’histoire sainte afin de provoquer une élévation morale du croyant, respecter des conventions pour figurer l’attitude du corps ou des gestes de la main : la peinture d’icône, image sainte vénérée par les fidèles orthodoxes, est soumise à des règles strictes. Autant de prescriptions compilées par les manuels et codes à l’usage des peintres d’icônes.

Hérité de Byzance et importé en Russie par des moines venus de Constantinople après la christianisation menée par le grand duc Vladimir, prince de Kiev, à la fin du xe siècle, l’art de l’icône a continué à rayonner sur ces terres. Outre les foyers provinciaux de Kiev, Pskov et Novgorod, c’est ensuite à Moscou, à partir du xive siècle, que travaillent principalement les artistes. D’abord marquée par l’influence byzantine, l’icône russe s’est progressivement libérée des canons byzantins : le style est moins narratif, la palette plus claire, la ligne plus sinueuse…
Certains artistes deviennent alors des références, comme Maître Denis ou André Roublev. Ce dernier, né vers 1360, qui fut l’élève d’un peintre grec, Théophane le Grec, est notamment l’auteur de l’une des plus célèbres icônes russes, la Trinité, visible à la galerie Tretiakov de Moscou.

Si ce chef-d’œuvre national russe n’a pas fait le déplacement, une soixantaine de pièces du xive au xviiie siècle de cette prestigieuse collection est en revanche exposée pour quelques mois par la fondation Pierre Gianadda, à Martigny, alors que le Louvre consacre une grande exposition à l’art d’avant Pierre le Grand [lire L’œil n° 622]. C’est la troisième fois que la fondation suisse accueille quelques icônes majeures de cette grande collection nationale. Celle-ci doit sa richesse aux acquisitions de l’un des plus grands collectionneurs russes, l’homme d’affaires et industriel Pavel Tretiakov (1832-1898), qui a légué en 1892 à la ville de Moscou son prestigieux ensemble exclusivement dédié à l’art russe.

« Images saintes. Maître Denis, Roublev et les autres », fondation Pierre Gianadda, Martigny (Suisse), http://www.gianadda.ch, jusqu’au 13 juin 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°623 du 1 avril 2010, avec le titre suivant : La Suisse passe à l’heure russe

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