Mercredi 19 décembre 2018

Agen

La peinture espagnole à l’aube du Cubisme

L’attrait de la modernité

Le Journal des Arts

Le 1 novembre 1994 - 501 mots

à partir de ce mois, trente années de peinture espagnole à la jonction de deux siècles inaugurent une tournée française. Présentées tout d’abord à Agen, elles consacreront le nouvel espace d’exposition de la ville, situé dans l’ancienne église des Jacobins. Ignorée dans l’Hexagone, cette période charnière de l’art ibérique se trouvera exprimée en 90 tableaux – issus des collections espagnoles pour la plupart – illustrant tour à tour paysages, portraits et scènes de genre.

AGEN - Partagée entre deux cultures, espagnole et française, cette peinture nous est à la fois inconnue et familière. Inconnue parce qu’elle est peu conservée en France – Orsay possède seulement deux toiles de Sorolla et Zuloaga – familière car on y sent le regard des jeunes artistes sur Paris, symbole de la modernité. Castillans, catalans ou autres, beaucoup d’entre eux firent le voyage et en ramenèrent des accents qui jalonnent leurs tableaux. Paris leur offre, tel un bouquet, un jeu de courants neufs qui va se greffer sur leur héritage et renouveler superbement leur art : Impressionnisme, Japonisme, Symbolisme… autant de curiosités qui les attirent et les séduisent.

Ainsi Fortuny, l’un des premiers à se tourner vers le nord, a une touche vibrante, précieuse et colorée qui évoque son ami et rival Meissonier. Ainsi, le réalisme qui gouverne le paysage, comme chez Vayreda, rappelle bien sûr l’École de Barbizon. Certains, comme Regoyos, Rusiñol ou Beruete s’attachent aux particularismes de leur pays, à ses côtés pittoresques, à sa lumière et ses couleurs. D’autres, tels Casas ou Sunyer, préfèrent illustrer Paris et l’essence de la nouveauté : Montmartre, le canal Saint-Martin, les cirques… D’autres encore, poussant plus avant l’interprétation, frisent parfois l’abstraction, tel Joaquim Mir et ses évocations très colorées et structurées de la nature.

Mélange de deux cultures
Le réalisme sévit aussi dans le genre du portrait : Nonell ou Picasso abandonnent les conventions d’un académisme devenu trop rigide et expriment très librement, à travers la couleur ou la forme, leur douleur ou leur joie.

Ramon Casas, magnifique, s’attaque à tous les genres. Ses femmes sont les sœurs de celles de Degas, les portraits de ses amis rappellent Daumier ou Toulouse-Lautrec. Scènes intimistes, fêtes populaires, bruyantes et chamarrées, les sujets qui font vibrer ce Catalan génial sont variés et trouvent une expression originale, très séduisante et toujours renouvelée.

Cette exposition, qui répond en quelque sorte à celle qui fut organisée en 1919 au Petit Palais, met aussi en valeur l’action simultanée et féconde de ce mélange de deux cultures. Cet art hispanique, nourri de son passé, puis ensemencé de germes neufs, eut en effet en France un impact considérable puisqu’importé par des étrangers – et Picasso parmi eux – ; il participa de la même façon au grand saut dans l’abstraction.

"De Fortuny à Picasso, 30 ans de peinture espagnole. 1874-1906", Agen, 5 novembre 1994 - 19 février 1995; Nancy, 13 mars - 27 juin 1995; Castres, 4 juillet - 3 septembre 1995.

Commissaires : Yannick Lintz, Gilberte Martin-Méry, Claude Pétry. Catalogue collectif, édition Réunion des Musées Nationaux.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°8 du 1 novembre 1994, avec le titre suivant : La peinture espagnole à l’aube du Cubisme

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