Mardi 18 décembre 2018

Musée Marmottan

La peinture autrichienne du consciencieux à l’angoissé

Le Belvédère en visite à Paris

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 1994 - 461 mots

À travers une soixantaine de tableaux venus du Musée du Belvédère de Vienne, le Musée Marmottan propose un panorama très divers, à la fois sage et turbulent, se déroulant sur près de cent années de peinture autrichienne.

PARIS - Créée en 1903 à l’initiative des peintres de la Sécession – dont Gustave Klimt fut le fondateur –, la Galerie moderne du palais du Belvédère supérieur regroupe aujourd’hui les œuvres des XIXe et XXe siècles. Les toiles sélectionnées pour l’exposition sont représentatives des grands courants autrichiens : le style Biedermeier et, autour de 1900, le Modern Style viennois et l’Expressionnisme.

Les premières années sont marquées par la sagesse et la retenue des charmants portraits d’Amerling. L’art a alors les "allures bourgeoises, vertueuses et domestiques" d’une société prospère et peu fantaisiste : bouquets faciles et sans grande saveur, scènes de genre et de la vie familiale un peu mièvres et bon enfant. Le siècle s’écoule rapidement, très marqué par le réalisme des paysages, le plus souvent des Alpes, qui évoquent les lacs et les forêts.

S’ils sont parfois déconcertants dans leur extrême précision et leur monumentalité – comme Le Grossglockner de Thomas Ender –, leur rendu consciencieux et appliqué engendre aussi la monotonie.

Les choses se précipitent après 1850 : le doute s’installe chez Makart, dont le Dante et Virgile aux enfers, plein de vigueur et de mouvement, possède des accents inquiets, lointaines réminiscences de Delacroix. Les expressions des visages se transforment : L’amiral Tegetthoff de Romako, offre déjà des faces grimaçantes, des attitudes mouvantes où la vie grouille et s’exprime pleinement. Au tournant du siècle, le décor explose, la ligne se libère, la vie apparaît enfin dans toute son exubérance et sa cruauté.

Un monde qui s’effondre
La dernière salle, superbe, est peuplée de réels chefs-d’œuvre. Klimt offre ses paysages vibrants, véritables symphonies colorées, ses femmes sensuelles à l’extrême, comme la Judith dorée, cernée par son décor, ou son Ève ambiguë. Figure de proue de la vie culturelle viennoise, Klimt forme aussi des élèves parmi la jeune génération.

L’un d’eux, Egon Schiele, détournera l’aspect décoratif de son maître à des fins expressives, comme dans les Quatre arbres. Son univers douloureux est peuplé de personnages muets, criant cependant leur angoisse dans des formes heurtées, terriblement significatives, qui transparaît même au travers de ses portraits d’enfants (Le jeune Rainer). Kokoschka, Oppenheimer et Gerstl – dont on retiendra les inquiétantes Sœurs Fey – nous emmènent au seuil de ce monde puissant et tendu qui s’effondre en 1918, à la chute de l’Empire. Gageons qu’Arnauld d’Hauterives, qui entend gérer son musée "comme une entreprise", aura trouvé de quoi séduire son public.

"De Waldmüller à Klimt. Chefs-d’œuvre de la peinture autrichienne", Musée Marmottan-Claude Monet, jusqu’au 29 janvier 1995. Catalogue, édition La Bibliothèque des arts, 124 p., 250 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°9 du 1 décembre 1994, avec le titre suivant : La peinture autrichienne du consciencieux à l’angoissé

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