Samedi 24 février 2018

La peinture au charbon

Des collections d’entreprise s’exposent à Bruxelles

Le Journal des Arts

Le 29 décembre 2009

Une centaine d’œuvres sorties des collections de la Fundació \"la Caixa\", de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, du Crédit communal de Belgique, de la Deutsche Bank, de Max Mara, de la Peter Stuyvesant Stichting et de la Banque Bruxelles Lambert témoignent des motivations multiples qui conduisent les grandes entreprises à former des collections d’art contemporain.

BRUXELLES - Gerhard Richter, Enzo Cucchi, David Nash, Ben, Anselm Kieffer, Julian Schnabel ou François Rouan se retrouvent dans les salles d’exposition de la BBL, sous l’égide de quelques grandes entreprises qui font de l’art un outil de communication. D’emblée, l’exposition apparaît décevante, tant les organisateurs ont confondu leurs objectifs. L’effet "exposition" a pris le dessus, et les tableaux – avec quelques pièces remarquables – semblent accrochés seulement pour eux-mêmes. Les collections se succèdent sans donner au spectateur la possibilité de pénétrer dans l’environnement qui fait la réalité de ces œuvres.

Il faut dès lors se rabattre sur le catalogue pour entrer dans le sujet. Dû à Aline Pujo et à Raymonde Moulin, l’ouvrage remplit sa mission. Il détaille le rôle des collections d’entreprise et rompt avec une vision simpliste que d’aucuns seraient tentés d’afficher. La collection d’entreprise n’est ni un simple outil de spéculation ni un artifice décoratif. Cette exposition atteste de la multiplicité des stratégies mises en œuvre. L’art contemporain "impose" une échappée dans les bruyants ateliers de la Peter Stuyvesant Stichting. L’art joue alors un rôle salutaire, en canalisant le désir d’ailleurs qu’engendrent des conditions de travail éprouvantes. Pour d’autres, comme Max Mara, la création contemporaine constitue un stimulus à l’imagination des graphistes. Ici, l’accent est mis sur la contemporanéité.

Légitimité croissante
Ailleurs, les relations s’inversent, et la création contemporaine bénéficie de l’appui du monde industriel. La Fondation Cartier ou la Deut­sche Bank contribuent à écrire l’histoire dans l’instant où elle se fait. Que restera-t-il de l’histoire ainsi rédigée ? Il est sans doute trop tôt pour le dire. On constate néanmoins que le travail accompli par les entreprises offre à ces dernières une légitimité croissante. Le cas de la Belgique est révélateur d’une évolution qui fait d’une collection comme celle du Crédit communal – conçue pour refléter l’implantation locale d’une banque de proximité – l’égale des plus grands musées belges. La Banque supplée même aujourd’hui les carences chroniques des musées, qui renoncent à nombre de leurs missions. Mais cette politique reste fragile. Les entreprises doivent réagir à une crise économique qui perdure, et les stratégies restent bien souvent le fait d’un homme. Or les hommes passent…

ART AT WORK, Banque Bruxelles Lambert, 24 avenue Marnix, Bruxelles, jusqu’au 12 mai, entrée libre. Tous les jours de 10h à 18 h. Catalogue multilingue, 132 p., 950 FB.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°25 du 1 mai 1996, avec le titre suivant : La peinture au charbon

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