Vendredi 14 décembre 2018

Sculpture

La passion pourpre

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 23 janvier 2004 - 612 mots

Le Musée du Louvre met en exergue l’histoire et l’art du porphyre, du VIe siècle avant J.-C. au Ve siècle de notre ère.

 PARIS - Exploitée dans le désert oriental égyptien, de l’époque ptolémaïque (VIe-Ier siècle avant J.-C.) au Ve siècle de notre ère, le porphyre rouge se caractérise par sa pâte couleur pourpre tachetée de cristaux blancs et son extraordinaire dureté. À travers quelque 70 œuvres, le Musée du Louvre retrace l’histoire de son exploitation, depuis l’Antiquité jusqu’au XVIIIe siècle. Organisé de manière chronologique, le parcours est quelque peu austère : les œuvres ont été installées dans la salle du Manège, dont la muséographie est en cours de réaménagement (lire l’encadré). Pour l’occasion, l’espace a été affublé d’épaisses cimaises d’un vert particulièrement maussade, disposées selon un circuit fermé qui empêche une lecture globale des objets. Restent aux visiteurs les cartels explicatifs, très clairs, pour cerner les caractéristiques du porphyre et comment il fut employé. Maîtres d’Égypte (Ier siècle avant J.-C.), les Romains organisèrent l’exploitation régulière des carrières du Mons Porphyrites, dont l’empereur s’assura progressivement le monopole. Jusqu’au IIIe siècle, la pierre fut surtout intégrée à l’architecture (en placage, dallage ou colonnes), au décor des thermes (sous forme de baignoires ornementales et de vasques de fontaine) ou encore à certaines statues, pour évoquer des draperies de couleur. Ainsi des deux sculptures représentant des prisonniers daces (IIe siècle) ou celle de l’Impératrice en Orante (IIe siècle). À partir du règne de Dioclétien (284 ap. J.-C.), le porphyre est étroitement associé à la personne impériale dont il symbolise le caractère divin. L’exploitation du Mons Porphyrites ralentit vers 350 et semble définitivement abandonnée au début du Ve siècle.
Au Moyen Âge, les démembrements des bâtiments antiques de la Ville Éternelle fournissent l’essentiel de la production de porphyre. Définitivement associée à la puissance impériale, la pierre offre aux souverains et aux papes l’occasion d’attester leur lien avec l’empire romain disparu. Par sa couleur pourpre, le porphyre a parfois été associé au sang et à la passion du Christ. Il fut utilisé pour réaliser des objets liturgiques ou des reliques tel le vase « des noces de Cana » de la cathédrale d’Angers.

Nouvelles techniques de taille
À la renaissance, les sculpteurs, fascinés par la dureté de la pierre, tentent de retrouver les techniques de l’Antiquité. Pier Maria Serbaldi da Pescia dit « il Tagliacarne » (1455-1522) applique celle des graveurs de pierre dure pour réaliser sa Vénus et l’Amour ou La Paix brûlant les armes, l’une des rares sculptures en ronde bosse réalisée en porphyre après l’Antiquité. Mais c’est le Florentin Francesco Ferrucci « del Tadda » (1497-1586) qui serait à l’origine d’une nouvelle technique de taille. Ses reliefs montrent en effet une parfaite maîtrise de la sculpture du porphyre, à l’image de son portrait de Charles Quint. Au XVIIe siècle, Rome devient le centre de production d’objets décoratifs de luxe taillés dans le porphyre, vases, reliefs et bustes destinés aux collections princières. Sous Louis XIV, le goût pour la pierre pourpre atteint son paroxysme avec le décor de Versailles : la matière est concentrée dans l’enfilade de la galerie des Glaces et des deux salons attenants. Enfin, dans les années 1770, les méthodes de taille gagnèrent encore en précision, en témoignent cette Paire de vases aux serpents ou la Paire de vases aux têtes de bouc. Deux ensembles caractéristiques de la richesse d’un matériau qui méritait, décidément, plus bel hommage.

PORPHYRE – LA PIERRE POURPRE, DES PTOLÉMÉES AUX BONAPARTE

Jusqu’au 16 février, Musée du Louvre, aile Denon, salle du Manège, 75001 Paris, tél. 01 40 20 53 17, www.louvre.fr, tlj sauf mardi, 9h-17h30 et 21h30 lundi et mercredi. Catalogue, édition RMN, 210 p., 29 euros. ISBN 2-7118-4585-0

La salle du Manège fait peau neuve

Construite sous Napoléon III pour les manifestations équestres de l’écurie impériale, utilisée comme espace d’accueil de 1928 à 1989, la salle du Manège du Musée du Louvre fait la jonction entre le département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, et celui des Sculptures. L’exposition « Porphyre » marque la première étape de sa rénovation muséographique qui devrait s’achever au printemps 2004. Le nouvel accrochage sera plus dense et comprendra une cinquantaine d’œuvres provenant des deux départements que relie cet espace de 800 m2. Thématique, il mettra en exergue le goût pour l’Antique, particulièrement aux XVIIe et XVIIIe siècles, à travers les pièces rassemblées par de grands collectionneurs français et italiens. La travée centrale accueillera ainsi les collections Albani et Borghèse tandis que les sections latérales présenteront les collections Richelieu, Mazarin et royales.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°185 du 23 janvier 2004, avec le titre suivant : La passion pourpre

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