Architecture

La mégalopole envahit la lagune

Le Journal des Arts

Le 9 août 2007

La Biennale d’architecture de Venise explore le thème de l’urbanisme et oublie quelque peu le bâtiment au profit de la ville.

VENISE - Étrange biennale que cette 10e édition. Jamais jusqu’à présent le thème central – cette année « Villes, architecture et société » - n’avait été abordé de façon aussi disparate, quitte à générer des propositions radicalement opposées.
L’exposition principale, organisée dans la Corderie de l’Arsenal par l’architecte-urbaniste londonien Richard Burdett, est centrée autour des problèmes toujours plus pressants posés par le gigantisme des mégalopoles. La présentation égrène de nombreux chiffres et affiche de belles images de ces phénomènes urbains, dans une scénographie due à Cibic and Partners. Seize grandes villes de quatre continents ont été analysées, cartographiées, quantifiées : Barcelone, Berlin, Bogota, Caracas, Mexico, Le Caire, Istanbul, Johannesburg, Londres, Los Angeles, Mumbai, New York, São Paulo, Shanghai, Tokyo et la ville réinventée de Milan-Turin. Ces cités, qui figurent parmi les principaux lieux de concentration de la population planétaire, sont évoquées de manière à rendre visible les nouvelles frontières démographiques, les processus de transition, l’utilisation des espaces ou encore la question de l’étalement urbain. Burdett met en avant la question de la « métropolitanité », transférant la réflexion du niveau purement architectonique et urbanistique à celui socio-anthropologique. Le message de l’exposition est clair : les villes coïncident à nouveau avec les plus importants lieux stratégiques, sachant que 75 % de la population mondiale sera urbaine d’ici à 2050. L’impression générale donne pourtant à penser qu’il est encore relativement difficile de conjuguer ville, architecture et société. Construire une ville à l’ère d’une transformation urbaine globale signifie donc prendre conscience qu’il est impossible de créer un modèle unique qui serait transposable partout.

Vema, cité réalistico-idéale
Côté pavillons nationaux, les plus réussis sont ceux qui déclinent de façon sélective un thème ou un lieu : ainsi de l’Allemagne (« Convertible City », une réflexion sur la notion de frontière) ou des États-Unis (« After the flood », une interrogation sur la reconstruction après l’inondation de la Nouvelle-Orléans). D’autres sont plus prévisibles, bien qu’ils développent de manière inhabituelle les thèmes abordés, à l’image des Argentins pour la réhabilitation de l’environnement, ou de la Colombie avec sa « Meta-City » reconstruite sur d’interminables pistes cyclables. L’« Echo-City » anglaise et la « Métaville » française de Patrick Bouchain sont ludiques, le pavillon hollandais est mesuré et plutôt patrimonial, tandis que le pavillon italien de Franco Purini est peut-être celui qui réunit le plus de voix. Purini a proposé à un groupe de vingt jeunes architectes de participer au projet d’une ville nouvelle de trente mille habitants, appelée « Vema » et située entre Vérone et Mantoue : une utopie suspendue entre « réalisabilité » et « idéalité », dont l’issue reste incertaine mais qui a permis de renouer avec l’expérimentation. Pour la première fois depuis de nombreuses années, le pavillon italien semble avoir retrouvé une place de premier plan dans le panorama de la Biennale.
Organisée par Claudio D’Amato, l’exposition « Villes de pierre » vogue pour sa part sur un terrain disciplinaire consolidé, celui des villes du bassin méditerranéen pensées et construites avec de la pierre. Selon son commissaire, celle-ci est « née de la conviction qu’aujourd’hui certains idéaux architectoniques méditerranéens existent encore et sont vitaux, mais risquent d’être balayés. Une forte conscience critique est nécessaire pour lutter contre la menace dérivant d’une homologation
culturelle à l’échelle planétaire ». Un thème embarrassant et décalé, y compris par son échelle, eu égard aux problématiques urbaines de l’exposition de Burdett. En ce qui concerne le Lion d’Or du meilleur pavillon national et les autres prix de cette édition (meilleur projet urbain, meilleure ville…), il faudra attendre le 8 novembre pour que soit prononcé le verdict.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°244 du 6 octobre 2006, avec le titre suivant : La mégalopole envahit la lagune

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