Lundi 16 septembre 2019

La maison Schröder : une maison témoin

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 12 novembre 2010 - 327 mots

« De Stijl, ça n’est pas qu’une chaise rouge et bleu et une maison », insiste le commissaire de l’exposition, Frédéric Migayrou, qui plaide pour Van Doesburg, véritable homme-orchestre du mouvement, et pour les environnements inédits reconstitués dans le parcours.

 À commencer par la sidérante City in the Space de l’Autrichien Frederick Kiesler (1890-1965), extraordinaire mégastructure d’inspiration De Stijl, suspendue dans la fameuse Exposition des arts décoratifs de 1925 à Paris. Quid alors de la chaise et de la maison ? Toutes deux signées Gerrit Rietveld (1884-1964), celles qui font office de manifeste dans l’historiographie canonique de De Stijl figurent évidemment en bonne place dans le parcours. 

Le manifeste d’une vie nouvelle 
C’est le cas de la maison Schröder (1923-1924), petit cube ouvert, modulé du sol aux balcons par Rietveld dans la banlieue d’Utrecht. La commande de la très émancipée Mme Schröder supposait une vision sociale et éducative de l’espace construit pour elle et ses trois enfants. Rietveld y répond en formalisant pour la première fois en architecture les intentions De Stijl. Comprendre : l’habitat ne sera pas qu’un espace fonctionnel, il devra aussi révéler la vision d’une vie nouvelle.
Simultanément articulation colorée et articulation spatiale, la maison rompt avec les schémas axiaux académiques et joue sculpturalement avec l’opposition porteur/porté, que Rietveld ne cesse de renverser dans une dynamique contrastée, mobile et animée de plans flottants. Couleurs primaires et plans rectangulaires semblent comme léviter dans un espace privé d’axe principal. Chaque partie est liée au tout dans une relation dynamique : gris et blanc des murs, montants, meneaux, garde-corps noirs, rouges, jaunes et bleus, intérieur, façade, mobilier, chaque élément, chaque détail participe non seulement d’une unité de vue, mais aussi d’une conception spatiale dynamique. À la manière donc de la fameuse chaise rouge et bleu (1917-1918) que Rietveld l’ébéniste avait conçue comme une possible projection tridimensionnelle de l’espace abstrait d’un Mondrian : chaque élément semblait pouvoir se démonter indépendamment de l’autre. Tout en flottant dans un même espace.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°630 du 1 décembre 2010, avec le titre suivant : La maison Schröder : une maison témoin

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque