Rome (Italie)

La déclaration d’amour des Poirier à Rome

Villa Médicis - Jusqu’au 5 mai 2019

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 28 mars 2019 - 363 mots

Pour Anne et Patrick Poirier, c’est un retour à la source. Le couple d’artistes revient à la Villa Médicis, là où tout a commencé il y a plus de soixante ans, pour une présentation rétrospective de son travail.

C’est ici, en effet, dans la Ville éternelle, que les deux jeunes prix de Rome – ils avaient 26 et 25 ans – ont atterri en 1968. Ils y sont finalement restés cinq ans, avec l’accord de Balthus, le directeur de la Villa. « Cette arrivée à Rome, et à la Villa, a marqué à la fois le commencement de ma vie de couple avec Patrick […] et a complètement déterminé notre recherche commune », raconte aujourd’hui Anne Poirier à Chiara Parisi, commissaire de l’exposition. Comme on le sait, cette recherche est fondée sur la mémoire et son corollaire, l’oubli ; sur ce que les vestiges du passé nous disent du présent et, peut-être aussi, du futur… En cela, les promenades dans Rome, ses ruelles et ses jardins, ne pouvaient être que le déclencheur d’une œuvre hors norme. En témoignent les dix moulages des hautes stèles de marbre (des Hermès) qui peuplent les allées de la Villa Médicis ; ils avaient été réalisés en papier en 1971, matériau symbole de la fragilité de la mémoire. Ces moulages sont aujourd’hui présentés à la Villa face aux vitrines qu’Anne et Patrick Poirier avaient réalisées trois ans plus tard pour conserver les feuilles, les herbes, ainsi que la photo Polaroid des Hermès. Là se situe le travail des deux artistes, dans la rencontre de l’intime et de l’universel. L’exposition de la Villa en fait la démonstration en convoquant des pièces historiques, à l’instar de Domus Aurea (1976), une fiction racontant l’incendie du palais impérial, et d’installations plus récentes. Parmi ces dernières, Rétrovisions (2018) met en scène le couple d’artistes reproduit en miniature, bras dessus, bras dessous, fixant l’horizon dans un miroir qui lui renvoie sa propre image ainsi que celle, invisible, du passé. Autour du miroir, une liste de mots est inscrite en lettres lumineuses : utopie, intuition, création, mémoire, passion, rêve, ruines, doute… Concepts avec lesquels Anne et Patrick Poirier sont bel et bien entrés dans l’histoire de l’art.

« Romamor »,
Villa Médicis, viale Trinità dei Monti, Rome (Italie), www.villamedici.it

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°722 du 1 avril 2019, avec le titre suivant : La déclaration d’amour des Poirier à Rome

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque