musée

La Commune de Courbet

L'ŒIL

Le 1 mars 2000

« On me demande une profession de foi. Après trente ans de vie publique, révolutionnaire, socialiste, je n’ai donc pas su faire comprendre mes idées… Je me suis constamment occupé de la question sociale et des philosophies qui s’y rattachent, marchant dans ma voie parallèlement à mon camarade Proudhon. Reniant l’idéal faux et conventionnel, en 1848, j’arborai le drapeau du réalisme, qui, seul, met l’art au service de l’homme. C’est pour cela que, logiquement, j’ai lutté contre toutes les formes de gouvernement autoritaire et de droit divin, voulant que l’homme se gouverne lui-même, selon ses besoins, à son profit direct et suivant sa conception propre… » Cette profession de foi, Courbet la publie le 15 avril 1871, au paroxysme de la Commune. Rarement dans l’histoire de l’art un artiste a pu ainsi rencontrer l’histoire, s’y frotter, s’y mêler au point de l’incarner. David a, au jeu de la Révolution, frôlé la mort. À celui de l’insurrection communarde et de ses représailles, Courbet, lui, a frôlé la gloire et connu la chute. C’est sur cet épisode douloureux des épousailles entre art et politique que le Musée d’Orsay, accompagnant le documentaire-fleuve du cinéaste anglais Peter Watkins qu’il coproduit avec ARTE, invite à revenir. On peut voir dans le parcours communard de Courbet la même intensité tragique (emprisonnement, puis exil) que dans la Commune elle-même érigée en une Passion laïque par l’historiographie. Il faut lire sa correspondance pour voir combien le peintre va payer toutes ses positions contre l’ordre établi. L’affaire de la colonne est un prétexte et Courbet, qui s’est cantonné pendant la Commune au terrain de la réorganisation des affaires artistiques, paie, à l’heure de l’ordre moral, son désir toujours revendiqué de l’indépendance de l’art qu’il tente de mettre en place. Il paie la Légion d’Honneur qu’un autre régime lui avait offerte et qu’il avait refusée. Il paie pour avoir mené la jeune génération d’artistes dans la voie de la sécession accomplie dès 1874. Il paie d’avoir été Courbet sûr jusqu’à l’ivresse de son art et de son talent. La véhémence des poursuites dont Courbet est la victime, trouve un écho dans les photographies de l’exposition « La Commune photographiée ». Ces clichés, souvent inédits, sont les instruments des enjeux idéologiques qui s’affrontent dès la fin de la Semaine sanglante et alimentent la légende d’un épisode de notre histoire.

PARIS, Musée d’Orsay, 14 mars-11 juin, cat. éd. RMN, 120 p., 45 ill., 120 F.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°514 du 1 mars 2000, avec le titre suivant : La Commune de Courbet

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