La collection de Chtchoukine et Morozov

L'ŒIL

Le 18 décembre 2007

« L’Invitation au voyage » – titre inspiré d’un poème de Baudelaire qui évoque un monde sensuel où « tout n’est qu’ordre et beauté » –, est une exposition exceptionnelle à plus d’un titre. En premier lieu, elle réunit un ensemble de soixante-quinze chefs-d’œuvre réalisés, entre autres, par Gauguin (Eau délicieuse, Douces Rêveries, 1894 – tableau peint à Paris en souvenir de l’Océanie), Matisse (Vue de Collioure, vers 1905), ou Bonnard (Méditerranée, 1911). En outre, ces peintures, datées entre 1887 et 1913, sont rarement montrées à l’étranger, car jalousement conservées au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg. L’histoire extraordinaire de cette collection, rassemblée principalement par les industriels et mécènes Serguéi Chtchoukine et Ivan Morozov, constitue le second intérêt de cet événement. Devenus légendaires, les deux Russes, avec une étonnante témérité, avaient cherché à faire de leur galerie de peinture non seulement un paradis pour les yeux, mais aussi un sanctuaire de la modernité.
Dans ce contexte, l’exposition présentée au musée des Beaux-Arts de Montréal démontre comment, à la fin du XIXe siècle, deux courants d’influence – la résurgence du classicisme et l’impact du « primitivisme » sur la culture occidentale –, ont créé des liens avec le symbolisme, le post-impressionnisme, le fauvisme et la naissance de l’avant-garde. Les principaux enjeux formels tournent autour des aspects figuratifs et abstraits de l’art, tandis que l’iconographie privilégie l’idylle pastorale, au détriment du paysage urbain.
Le périple commence avec l’âge d’or de la mythologie gréco-romaine que l’on retrouve dans les œuvres de Maurice Denis, notamment avec L’Histoire de Psyché, 1907, une commande d’Ivan Morozov pour un grand ensemble décoratif destiné à la salle de concert de son hôtel particulier sur la Pretchistenka. Le voyage se poursuit dans le Midi où la lumière inspira les fauves (superbe vue plongeante de Martigues, 1913, par Derain, et une autre, panoramique cette fois-ci, le Port de Menton, 1905, par Marquet). La sculpture est également présente, avec une majestueuse figure en bronze dépourvue de bras symbolisant le Printemps, 1910-1911, de Maillol, un voyageur intrépide toujours pressé de « voir un temple grec, des colonnes de marbre en plein soleil [...], de la vraie sculpture en plein air [...], l’art dans la nature ».

MONTRÉAL, Museum of Fine Arts, 1379 Sherbrooke Street West, tél. (514) 285 1600, 31 janvier-27 avril. Catalogue, édition Hazan, 224 p.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°544 du 1 février 2003, avec le titre suivant : La collection de Chtchoukine et Morozov

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque