La Chine en « gold » mais sans éclat

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 21 août 2008

Le visiteur est cueilli par une sculpture de bronze modelée. Elle figure l’artiste – Sheng Qi – en golden cosmonaute, héros national version 2008 à échelle un. Comme sa main gauche est levée en signe de salut, l’anomalie frappe : il manque un doigt. Alors qu’il quittait la Chine post-Tian’anmen, Sheng sectionnait son auriculaire gauche et l’enfouissait dans la terre. Comme un peu de lui resté en Chine.

Omnipotence de la figure, le ton est donné d’une exposition qui dresse un possible état des lieux de la création contemporaine chinoise et de la place toujours centrale qu’y occupe le corps politique ; il y a là des représentants de la communauté d’artistes « East Village » émergée dans les années 1990, parmi lesquels Ma Liuming, fin corps androgyne aux interventions publiques sulfureuses, ou Zhang Huan, figure décisive de la performance chinoise dont les pénibles actions jouèrent longtemps une partition de la douleur et de l’endurance.
Les artistes sont bien là, mais, à l’exception de He Yunchang, il est fait peu de cas de cette tradition performative dans l’exposition. C’est que les vedettes, Sheng Qi, Zhang Huan, Ai Weiwei, sont de retour en Chine et qu’à l’image des grands formats gris cendré de Zhang ou des longues fentes traversant les toiles de Ma Liuming, beaucoup s’en remettent aux pinceaux. S’alignent sans broncher les toiles démonstratives de Wang Guangyi, Tang Zhigang, Yin Zhaoyang, Wang Qingsong, ou les dérives décoratives acides de Feng Zhengjie dont les visages aux yeux de gazelle et teint de porcelaine s’en tiennent aux verts, roses et blancs tapageurs et fonctionnent désormais moins comme motif que signature.
C’est ce que donne à voir le parcours qui se cale volontiers sur l’emballement du marché : beaucoup de très grands formats, mixages « pop politiques », peintures surexpressives mal digérées ou énièmes confrontations de références iconographiques. À mi-parcours, la lente photographie en noir et blanc du chantier du nid d’oiseau prise avec un temps infini au sténopé par Shi Guorui sonne alors comme un salutaire temps de pause et de composition.

« China Gold », musée Maillol, 61 rue de Grenelle, Paris VIIe, www.museemaillol.com, jusqu’au 13 octobre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°605 du 1 septembre 2008, avec le titre suivant : La Chine en « gold » mais sans éclat

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