Paris-8e

La beauté classique du Pérugin

Musée Jacquemart-André, jusqu'au 19 janvier 2015

Par Virginie Duchesne · L'ŒIL

Le 13 octobre 2014 - 326 mots

« Il est remarquable que Raphaël, étudiant l’art du Pérugin, l’imita si bien en tout point que ses œuvres ne pouvaient se distinguer des originaux du maître », écrit Vasari, au milieu du XVIe siècle.

Il n’en fallut pas plus à Francesco Benucci pour imaginer dans son tableau peint en 1851 le jeune Raphaël, poussé par son père, entré timidement dans l’atelier florentin de Pietro Vannucci, dit le Pérugin. Le Pérugin, maître de Raphaël ? La question fait toujours débat, malgré le titre de l’exposition, qui semble avoir perdu son point d’interrogation. On le retrouve seulement dans les deux dernières salles, qui tentent de répondre par une simple juxtaposition des œuvres des deux artistes, comme ces trois prédelles : celles du Polyptyque de San Pietro (1496-1500) du Pérugin, au Musée des beaux-arts de Rouen, du Retable de Fano (1488-1497), encore difficilement attribué à l’un ou l’autre, et du Retable Oddi (1504-1505) de Raphaël, des Musées du Vatican. À l’œil de s’exercer. Reste l’influence manifeste du maître, directe ou indirecte, sur ses contemporains dans les principaux centres artistiques de l’Italie du Quattrocento, de Florence à Rome et à Venise. Aux alentours de 1500, son art s’impose comme classique : sens du détail et de la narration (on s’attarde devant la sublime Annonciation de 1498 conservée dans une collection particulière), modelés des corps inspirés de l’antique, intégration du paysage et de l’architecture dans un équilibre abouti. La transition avec les maîtres anciens aux tableaux à fonds d’or et aplats est particulièrement sensible dans la figure de la Madone, sujet de prédilection du Pérugin, peut-être les œuvres les plus émouvantes exposées : la figure mélancolique au doux modelé de la Vierge de Washington (1500) tenant tendrement un Christ ainsi que la Sainte Marie-Madeleine (1500-1502) du Palazzo Pitti à Florence émergeant du fond noir inspiré des portraits flamands, encadrée par une fourrure délicate et un voile à peine visible, à la douceur du visage qui rappelle le sfumato de Leonardo.

« Le Pérugin, maître de Raphaël »

Musée Jacquemart-André, 158, boulevard Haussmann, Paris-8e, www.musee-jacquemart-andre.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°673 du 1 novembre 2014, avec le titre suivant : La beauté classique du Pérugin

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