À Kurt Schwitters, les artistes britanniques reconnaissants

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 26 janvier 2011 - 338 mots

L’événement est de taille, et vient illustrer les jeux d’influence que l’exposition érige en charpente théorique : la Royal Academy of Arts réhabilite la dernière œuvre de Kurt Schwitters (1887-1948).

Laissé inachevé à la mort de l’artiste allemand exilé en Angleterre, le Merz Barn se présente comme une ultime émanation des principes spatiaux et poétiques développés par le poète et artiste dès les années 1920 : des constructions suffocantes, brassant contenu et contenant, un hymne utopique à la synthèse, obéissant à ses propres règles de vie, laissant au hasard le soin d’ordonner une architecture foutraque de perspectives, d’assemblages de rebuts, de peintures et d’objets soigneusement récoltés pour leurs qualités plastiques et physiques.

Une dette à rembourser
Commencé en 1947 dans une grange-atelier en pierre de la vallée de Langdale près d’Ambleside, l’Elterwater Merz Barn a longtemps été abandonné avant de faire l’objet d’une vigoureuse campagne de restauration portée par une poignée d’artistes en dettes assumées envers le maître dada. En première ligne : Damien Hirst, Anish Kapoor, qui militent aujourd’hui pour la construction d’un musée, et Richard Hamilton, le pape anglais du Pop Art, qui obtint en 1965 le déplacement à l’université de Newcastle du seul mur que Schwitters eut le temps de bâtir. Un mur moins compulsif que d’ordinaire, première et presque sage page d’un environnement à venir qu’il avait méthodiquement truffé de bouts de verre, bouts de cadres, tableaux de petits maîtres locaux, cailloux et outils de jardinage glanés dans les environs. Un élément auquel l’artiste travaillait trois heures par jour et qu’il prévoyait encore d’encadrer de colonnes et de murs dévorants. Aujourd’hui, la petite grange est en attente de restauration. À la Royal Academy of Arts, elle est reconstituée – sous l’œil vigilant de Damien Hirst – de façon à exposer le mur dans son jus tridimensionnel, avec pierre sèche, toit de chaume et clous rouillés en guise de caution pittoresque. Pour une expérience partielle du seul vestige existant d’un Merzbau et pour un hommage collectif de la modernité britannique au « génie en redingote ».

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°632 du 1 février 2011, avec le titre suivant : À Kurt Schwitters, les artistes britanniques reconnaissants

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