Mercredi 21 février 2018

Kristina Solomoukha

Le Journal des Arts

Le 22 janvier 2008

À l’occasion de son exposition personnelle à la galerie Martine et Thibault de la Châtre, à Paris, Kristina Solomoukha a répondu à nos questions.

Votre démarche semble fortement s’enraciner dans l’architecture. S’agit-il d’une simple appropriation de ses codes ou d’une réflexion plus globale ?
Mon travail est en effet très lié à l’architecture. Je m’intéresse aussi bien à son histoire, et à sa symbolique qu’au contexte urbain. Originaire de Kiev, je me suis intéressée au départ à la signification idéologique de l’architecture, car c’est un puissant outil d’affirmation du pouvoir dans l’espace de la ville, et donc un moyen de structurer en grande partie la vie de ses habitants. En ce qui concerne ma démarche, je parlerais moins d’appropriation que d’influence. J’essaye de pousser au bout une logique – qu’elle soit de propagande, commerciale ou idéologique –, de l’appliquer aveuglément afin de découvrir jusqu’où elle peut me mener. Dans Paysage économique, par exemple, j’ai reconstitué en maquette un graphique que certaines catégories de professions utilisent pour évaluer des données économiques. C’est une façon de représenter autrement le territoire. La géographie n’est plus définie par la topographie, mais par le pouvoir d’achat de la population selon les zones d’habitation.

Retranscrivez-vous des données précises existantes ?
Ce qui m’intéresse, c’est plus d’indiquer les relations entre la topographie et sa dématérialisation – qui paradoxalement passe par la maquette – qu’évaluer un contexte ou une situation précise, ce qui pourrait faire l’objet, d’ailleurs, d’un autre travail. Dans cette pièce, c’est vraiment l’idée de territoire et la manière dont on le perçoit, qui m’importent. La façon dont la communication et la publicité ont usurpé le rôle représentatif de l’architecture est une question que je soulève également dans mes dessins Maisons logos, où je conçois des bâtiments d’entreprises ayant la forme de leurs emblèmes.

Le processus de réflexion qui conduit à la réalisation de vos œuvres semble partie intégrante de votre travail. Pouvez-vous nous en parler ?
Le processus est en effet très important, et je l’intègre parfois dans mes pièces comme dans le diaporama présenté dans l’exposition. Une double projection de diapositives s’insère dans un graphique dessiné sur le mur retraçant l’élaboration de l’œuvre. Au centre, vous avez une bulle dans laquelle se trouvent les mots “Base de données”. Or, ce diaporama est justement constitué de diapositives que je prends depuis six ans lors de mes déplacements. Au départ, je ne me posais pas réellement la question du cadrage ou de l’emploi de ces clichés, j’étais même certaine de ne jamais les utiliser en tant que tels. Le graphique décrit le cheminement de ces images : de “Base de données”, une flèche conduit vers une autre bulle “En cours d’identification”, qui signifie justement que ces diapositives prennent leur sens petit à petit, quand on les juxtapose les unes aux autres. Le montage d’images dans le diaporama forme pour moi une sorte de récit, dont la lecture est assez proche de celle d’une vidéo ou d’un film.

Galerie Martine et Thibault de la Châtre, 36 rue de Varenne, 75007 Paris, tél. 01 45 48 82 99, jusqu’au 30 juin.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°151 du 14 juin 2002, avec le titre suivant : Kristina Solomoukha

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