Vendredi 13 décembre 2019

ART CONTEMPORAIN

Klaus Rinke, histoire d’eaux au CCC OD de Tours

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 13 décembre 2017 - 707 mots

Installé dans la nef du Centre de création contemporaine, l’Instrumentarium est de nouveau montré au public.

Tours. En 1985, à l’invitation de Bernard Blistène, Klaus Rinke investissait le forum du Centre Pompidou avec l’Instrumentarium, une performance/installation importante, en taille comme en symbole. L’œuvre fit date et grand bruit, même si l’on n’entendait que celui de l’écoulement de l’eau, au point de devenir emblématique du travail de cet artiste allemand, né en 1939 à Wattenschëid, dans la Ruhr.

En mars dernier, à l’occasion de l’inauguration du Centre de création contemporaine Olivier Debré (CCC OD) à Tours, Alain Julien-Laferrière indiquait que la grande nef (300 m2, 11 mètres de hauteur) du bâtiment serait exclusivement consacrée à la création d’œuvres in situ, comme ce fut le cas pour l’ouverture du lieu avec la « Grande Chambre d’huile » de Per Barclay, et à la réactivation de grandes installations historiques des années 1960 à aujourd’hui, comme c’est le cas en ce moment avec l’Instrumentarium. Celle-ci prend d’autant plus de sens ici que le CCC suit Klaus Rinke depuis de nombreuses années, soit en participant à certains de ses projets, soit en lui consacrant des expositions comme ce fut notamment le cas avec « Plutonium » fin 2003-début 2004.

Cela fait donc trente-deux ans qu’on n’avait plus entendu parler de l’Instumentarium, que Rinke a conservé et stocké dans une usine-entrepôt. Bien évidemment, l’œuvre actuelle n’a visuellement pas grand-chose à voir avec celle du Centre Pompidou. Mais elle témoigne toujours de cette volonté d’expérimentation chère à Klaus Rinke, toujours à la frontière de la science et de l’art. Bernard Blistène l’avait d’ailleurs autrefois baptisé le « Jules Verne de l’art visuel ». De même, avec ses quatre grandes jarres (comme les points cardinaux), ses tuyaux neufs et une trentaine de tonneaux remplis des eaux, puisées l’été dernier dans différents fleuves de villes européennes (La Seine et Paris, le Tage et Tolède, la Moldau et Prague, la Loire et Tours…), l’installation a gardé l’esprit de l’époque, s’est ressourcée pour acquérir une nouvelle force et rappeler que cette réflexion sur les enjeux de l’eau, parfaitement d’actualité, était alors sacrément prémonitoire. Et puis, bien sûr, au beau milieu de l’ensemble trône toujours une horloge. Car si Klaus Rinke a, depuis toujours, fait de l’eau un matériau de prédilection, un élément sculptural toujours en mouvement, c’est aussi pour parler du temps (qui passe), de l’être, de la gravitation. « Je suis un philosophe visuel et ma philosophie, c’est les objets », précise l’artiste dans un français parfait. Il a vécu de 1960 à 1964 à Paris et à Reims avant de repartir à Düsseldorf.

Retour à la Kunstakademie de Düsseldorf
Au premier étage du CCC OD, dans la salle blanche, est d’ailleurs présentée parallèlement une exposition intitulée « Düsseldorf mon amour », selon la même figure de l’oxymore que le titre de Marguerite Duras (« Hiroshima… »), qui nous fait revivre près de cinquante années de la Kunstakademie de Düsseldorf où Klaus Rinke a enseigné de 1978 à 2008 aux côtés, notamment, de Joseph Beuys. Construit à partir des archives personnelles de Rinke et de nombreux documents (photos, films, papiers divers), ainsi que de nombreux prêts d’œuvres (une quarantaine), le parcours offre un émouvant billet de retour à ceux qui ont connu cette période et un aller pour ceux qui découvrent ce pan d’histoire.

Il permet de voir aussi bien un film de Gerry Schum qui rase un cactus au rasoir que le grand mur filmé par cinq caméras de Buren (prêté par le Centre Pompidou), qui enseigna un temps dans la classe voisine de celle de Rinke, ou encore un exceptionnel tableau de Richter figurant un tigre, des œuvres de Günter Uecker, Yves Klein, Tony Cragg, etc.

L’ensemble est passionnant à plus d’un titre au point qu’on se demande pourquoi personne n’avait encore eu l’idée de se pencher sur cette école hors norme, extraordinaire plateforme et berceau de toute une génération (voire plusieurs) d’artistes parmi les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle.

« Klaus Rinke, l'Instrumentarium » et « Klaus Rinke, Düsseldorf mon amour », jusqu’au 1er avril 2018. Centre de création contemporaine Olivier Debré, jardin François-Ier, Tours (37). Du mercredi au dimanche de 11 h 30 à 18 h, nocturne le jeudi soir jusqu’à 20 h. Tarifs : 3 et 6 € | www.cccod.fr

Légende photo

Klaus Rinke, L'Instrumentarium, 2017, vue de l'installation au CCC OD de Tours © Photo : F. Fernandez / CCC OD

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°491 du 15 décembre 2017, avec le titre suivant : Klaus Rinke, histoire d’eaux au CCC OD de Tours

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