Mercredi 24 octobre 2018

Kandinsky

L'invention de l'abstraction

L'ŒIL

Le 1 septembre 2006 - 396 mots

L’exposition de la Tate Modern, présentée parallèlement à son nouvel accrochage (lire page ci-contre), et centrée sur la première moitié de la carrière de Wassily Kandinsky (1866-1944), réunit cinquante-cinq tableaux et trente-cinq œuvres sur papier des années 1910 et 1920. Après avoir envisagé une carrière de juriste, Kandinsky décide, en 1896, de se consacrer à la peinture. D’emblée, la couleur l’attire plus que le sujet. Il est à Munich, où le conservatisme du milieu artistique l’ennuie. Avec sa compagne Gabriele Münter, il multiplie les voyages à Venise, à Moscou, à Dresde ou à Paris, et peint essentiellement des paysages. De retour à Munich, en 1908, il s’installe à Murnau. La vision dans la pénombre d’un de ses tableaux, posé à l’envers, est une révélation : le sujet n’est pas l’essentiel de l’œuvre. C’est à partir de ce moment qu’il va s’engager sur la voie de l’abstraction, persuadé que la couleur a sa valeur expressive propre, au-delà de la représentation de l’objet.
L’aquarelle est pour Kandinsky la technique privilégiée pour ses expérimentations, et sa première feuille résolument abstraite est produite en 1910. Aux côtés de Franz Marc, il fonde deux ans plus tard le mouvement Blaue Reiter (lire page 74), et publie son premier ouvrage théorique devenu célèbre : Du Spirituel dans l’art. Dans ce dernier, il explique que la peinture doit naître d’une « nécessité intérieure », la pratique primant sur la théorie.
Dans son œuvre, les formes deviennent peu à peu des signes, l’éloignant de la figuration. Quelques éléments permettent néanmoins d’identifier ici ou là un personnage, un château, une montagne. Au fil des années, le langage visuel se fait plus simple, même si, paradoxalement, les compositions semblent de plus en plus complexes. La série des Improvisations et des Compositions constituent les œuvres les plus abouties de la période retenue pour l’exposition.
Après quelques peintures réalisées durant la première guerre mondiale, la dernière section évoque le départ de Kandinsky pour Weimar en 1922, et le début de son enseignement au Bauhaus. À partir de ces années-là, ses compositions se font plus géométriques, sa peinture accède à une dimension plus spirituelle, basée sur le rythme – en rapport étroit avec la musique – et l’expression par la couleur. Du signe, il glisse alors vers le symbole.

« Kandinsky », Tate Modern, 25 Sumner Street, tél. 00 (4)4 2 078 878 000, Londres, Grande-Bretagne, jusqu’au 1er octobre 2006.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°583 du 1 septembre 2006, avec le titre suivant : Kandinsky

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