Kabakov, de galères en labyrinthes

GRENOBLE - Ilya Kabakov présente dans les immenses salles du Magasin trois installations qui avaient, au préalable, été exposées séparément dans différents musées l’an passé.

"Le bateau de ma vie", "L’album de ma mère" et "La rivière souterraine dorée" forment un vaste et complexe ensemble autobiographique. La première œuvre est une sorte de galère en bois de pin, sur le pont de laquelle sont disposés des cartons emplis de vêtements et recouverts de fragments de textes et d’images. De l’enfance ukrainienne aux pérégrinations internationales dès les débuts de la perestroïka, le bateau immobile maintient désespérément son cap. La deuxième installation est une façon de labyrinthe dédié à la mémoire de la mère de l’artiste et à celle d’un temps bureaucratique et totalitaire. La troisième, constituée de pupitres en double file sur un plan anthropomorphe, ressasse les thèmes de l’enfance et de la désolation.

Depuis qu’il s’est installé à l’Ouest, Kabakov a perdu l’humour féroce qui caractérisait ses premières œuvres pour verser dans une étrange nostalgie qui donne une aura poétique à l’univers soviétique. Le pittoresque et la métaphore se sont si bien substitués à la dérision et à l’ironie que la complaisance finit par l’emporter. Kabakov ne cherche plus à s’envoler vers d’autres cieux, n’importe où hors du monde, comme le suggérait une œuvre ancienne : il est devenu un artiste occidental d’origine soviétique.

Ilya Kabakov, Magasin, Centre national d’art contemporain, 155 cours Berriat, Grenoble. Jusqu’au 17 juillet.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°4 du 1 juin 1994, avec le titre suivant : Kabakov, de galères en labyrinthes

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