Dimanche 21 octobre 2018

Jeff Wall après le cinéma

Une quinzaine de photographies au Jeu de Paume

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1995 - 352 mots

Jeff Wall est sans conteste l’un des artistes les plus importants de sa génération. En collaboration avec la Whitechapel Gallery de Londres et le Musée d’art contemporain de Chicago, le Jeu de Paume présente ses récentes photographies.

PARIS - Jeff Wall est l’un des artistes phares de sa génération, dont l’influence sur ses contemporains a été aussi fulgurante que profonde, par son œuvre elle-même et ses écrits. Les influences sont parfois superficielles ou sont le fruit de malentendus : ses grands cibachromes montés sur caissons lumineux ont mis au goût du jour une emphase théâtrale qui n’était cependant pas son premier souci. Le fait est que, depuis ses premières expositions personnelles en Europe dans le milieu des années quatre-vingt, et ses participations aux grandes expositions internationales, le syndrome du caisson lumineux s’est répandu comme une traînée de poudre.

On ne saurait, loin s’en faut, réduire l’œuvre de cet artiste de Vancouver à une simple trouvaille. Avec ses dernières compositions, Jeff Wall conquiert définitivement l’espace cinématographique. Il réduit, avec un art consommé de la distance et de l’ironie et, ce qui ne gâche rien, une grande précision formelle, le cinéma à sa plus simple expression.

Un monde habité de fantômes
Ses compositions, effectivement mises en scène comme au cinéma, pervertissent le réalisme auquel le grand et le petit écran nous ont habitués. Elles lui donnent une virulence et une efficacité que les scénarii hollywoodiens escamotent.

Pour paraphraser le titre de l’exposition qui se tient actuellement à Villeneuve d’Ascq, on pourrait dire que l’art de Jeff Wall révèle un monde après le cinématographe. Un monde habité de fantômes, d’êtres catatoniques qui ont perdu la maîtrise de leur environnement, qui semblent n’agir que selon de diaboliques directives. Le drame a déjà eu lieu dans ces photographies étranges, où le grotesque et l’humour grinçant interviennent parfois, comme dans l’hallucinant Pique-nique de vampires (1991). Aucune rédemption pour ces reflets contemporains, qui ne sont pas aussi chimériques qu’on voudrait le penser.

Jeff Wall, Galerie nationale du Jeu de Paume, du 10 octobre au 26 novembre. Catalogue, avec des contributions de Jean-François Chevrier et Briony Fer, 96 p., 165 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°18 du 1 octobre 1995, avec le titre suivant : Jeff Wall après le cinéma

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