Samedi 19 septembre 2020

Modernité

Jean Puy, un fauve discret

Par Itzhak Goldberg · Le Journal des Arts

Le 8 juin 2016 - 608 mots

La rétrospective consacrée au peintre rend bien compte de son cheminement
et de son parcours, mais elle manque de distance critique

MONTBELIARD - Le titre, « Plénitude d’un fauve », relève pratiquement de l’oxymore. De fait, c’est une association étrange entre le fauvisme – mouvement qui cherche les contrastes, les dissonances chromatiques, bref un effet choc – et l’épanouissement, voire la sérénité, qu’évoque la notion de plénitude. Aurélie Voltz, directrice du Musée du château des ducs de Wurtemberg à Montbéliard et commissaire de l’exposition, assume ce choix car, selon elle, il exprime toute l’ambiguïté de la peinture de Jean Puy (1876-1960). Sans doute, mais il montre aussi les limites de son œuvre, bien loin de la production picturale étincelante d’un Matisse ou d’un Derain. L’histoire de l’art a consacré une fois pour toutes le fameux épisode de la « cage aux fauves » au Salon d’automne en 1905 à Paris comme acte de naissance officiel du fauvisme. Ainsi, chaque artiste dont les travaux furent accrochés dans ou à proximité de la fameuse  « cage » – et c’est le cas de Puy – a droit à tous les honneurs dans le récit de la modernité. En ce sens, l’exposition organisée par le musée, qui possède plusieurs tableaux de Puy dans sa collection, se justifie, car elle répond au besoin de remonter le temps et de montrer l’évolution du regard qui est porté sur un artiste.

De l’explosion des couleurs à la quiétude

Indiscutablement, les œuvres de Jean Puy ont été assimilées au fauvisme et au caractère révolutionnaire du mouvement. Il suffit de lire les lignes écrites par le critique d’art Louis Vauxcelles, à l’origine de ce néologisme, pour en être convaincu. Toutefois, un siècle plus tard, les œuvres de Puy semblent tenir d’un  fauvisme plutôt timide. Certes, dans une toile qui met en scène un paysage breton, Le Port de Sauzon (1902), le peintre procède à la synthèse des formes et applique des couleurs saturées, rouges, vertes ou bleues en aplat. Ailleurs, l’espace est rétréci et les figures sont esquissées sommairement, comme dans Repos au bord de la mer (1905). Cependant, le plus souvent, l’impression qui se dégage de ces tableaux correspond davantage au compliment, peut-être mitigé, d’Apollinaire quand il parle à propos des toiles de Jean Puy d’« abandon, de nonchalance harmonieuse ».

Curieusement, c’est avec les œuvres traitées dans un style divisionniste que Puy se montre plus audacieux. Fasciné par la navigation, l’artiste réalise des marines telle Le Passeur du Poldu (1900). Avec ce thème aquatique, la division des couleurs, activée par celle de la touche, lui permet de s’affranchir de la couleur locale et d’exalter les rapports entre couleurs pures. En revanche, le parcours chronologique qui se poursuit jusqu’aux dernières années du peintre n’offre pas de découvertes esthétiques exceptionnelles.

L’exposition, qui comprend 115 œuvres, est accompagnée d’un catalogue, effort méritoire étant donné les moyens économiques  limités dont dispose le musée. Cependant, si le texte d’Aurélie Voltz propose une synthèse claire de la carrière de Puy, les « essais » des membres de l’Association de Jean-Puy ou du Comité Jean-Puy semblent se placer uniquement dans la perspective d’un effort de réhabilitation de l’artiste. À tort, car le meilleur service à rendre à un créateur est de reconnaître ses points forts, mais aussi ses faiblesses. Jean Puy a sa place dans l’orchestre de la modernité, celui d’un « deuxième violon ». Ce n’est déjà pas si mal.

JEAN PUY. PLÉNITUDE D’UN FAUVE

Jusqu’au 18 septembre, Musée du château des ducs de Wurtemberg, 25200 Montbéliard, tél. 03 81 99 22 61,
tlj sauf mardi 10h-12h et 14h-18h, entrée 5 €.
Catalogue éd. Musées de Montbéliard, 96 p.,15 €.
www.montbeliard.fr

Légende photo

Jean Puy, Repos au bord de la mer, 1905, huile sur toile, 38 x 46 cm, collection particulière.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°459 du 10 juin 2016, avec le titre suivant : Jean Puy, un fauve discret

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