XXE SIÈCLE

Jasper Johns d’après Jasper Johns

Par Itzhak Goldberg · Le Journal des Arts

Le 31 octobre 2017 - 519 mots

La Royal Academy de Londres accueille une rétrospective du peintre américain qui ne fait pas l’impasse sur une production parfois un peu répétitive.

Londres. Jasper Johns est moins connu et médiatisé que son confrère, Robert Rauschenberg. Ainsi, quand ce dernier « défraie la chronique », avec le premier prix de la Biennale de Venise en 1964, l’artiste américain, né en 1930, doit attendre 1988 pour obtenir la même consécration. Pourtant, son œuvre, souvent qualifiée de néodadaïste, est essentielle pour comprendre le changement alors en cours dans une Amérique encore ivre du triomphe mondial de l’expressionnisme abstrait. Son retour à la figuration froide donne lieu à des œuvres qui prennent comme sujets des objets et des images du quotidien : drapeaux américains, cibles, cartes, caractères d’imprimerie ou chiffres. Inévitables, sont exposées ici quelques œuvres iconiques de Johns, les séries de « Drapeaux » et de « Cibles », commencées en 1955. Ces toiles planes d’objets plans, peintes à l’encaustique (peinture à la cire) mélangée à du papier journal, ressemblent à leur sujet au point d’abolir la distinction entre l’art et la vie. L’artiste parle de « choses qui sont vues sans être regardées », parce que l’on y est habitué. Ce sentiment croît encore avec les travaux en volume qui suivent : ampoules électriques, cannettes de bière… sous le titre commun Painted Bronze (bronze peint). Au premier regard, on songe aux ready-mades de Duchamp dont on connaît le riche héritage pour les artistes américains dès les années 1950. Mais, à la différence des objets déjà fabriqués et « élus » par Duchamp, les œuvres de Johns sont plutôt des « re-made », refaits, car coulées en bronze, elles reproduisent fidèlement, avec des moyens artistiques, des objets courants (Painted Bronze, All Cans, 1960). En poussant le paradoxe, on pourrait parler de trompe-l’œil de ready-made.

Cependant, la Royal Academy, dont Johns est l’un des membres honoraires, ne s’arrête pas à la partie de sa production plastique, que l’histoire de l’art a définitivement reconnue. La rétrospective propose comme principe des allers-retours qui permettent de découvrir d’autres aspects du travail de l’artiste : peinture figurative et toiles abstraites couvertes de lignes zigzagantes, collages et assemblages, dont le très célèbre gardien de musée, assis sur une chaise tournée à l’envers (Watchman, 1964) ou encore des citations qui vont de la Joconde à Picasso. Ailleurs, ce sont des télescopages, quand Johns reprend le même thème des années plus tard : un Flag de 1959 et un autre de 1994. On ne peut pas s’empêcher de penser que, plus que de toute autre chose, il s’agit de répétitions, moins inspirées, des œuvres initiales. Répétitions ou pastiches : en 1985 Johns réalise une magnifique suite de quatre saisons (« Seasons », 1985). Presque trente ans plus tard (2012), les cinq petites cartes postales qui reprennent les différentes saisons ne sont qu’anecdotiques. Les différents chapitres de l’exposition portent des titres plutôt génériques – Temps et Fugacité, Tracer la mémoire, Fragments et Faces – et laissent le spectateur un peu perdu face à un parcours qui se veut sophistiqué mais qui se révèle confus.

 

Jasper Johns, Something Ressembling Truth,
10 décembre 2017, Royal Academy of Arts, Burlington House, Piccadilly, Mayfair, Londres.

 

Légende photo

Jasper Johns, Flag, 1958, encaustique sur toile, 105,1 x 154,9 cm, collection particulière © The Wildenstein Plattner Institute. Photo Jamie Stukenberg

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°488 du 3 novembre 2017, avec le titre suivant : Jasper Johns d’après Jasper Johns

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