Dimanche 18 février 2018

musée

Jan Fabre, mille-pattes artistique

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 18 janvier 2008

La polyvalence est la force, l’essence même de l’artiste flamand Jan Fabre. Qualifié avec justesse de « mille-pattes » artistique, Fabre n’est pas un simple plasticien adepte des croisements entre le dessin, la sculpture, la vidéo et l’installation. On lui doit aussi des mises en scène, des chorégraphies avec le gratin de la danse contemporaine – Bill Forsythe, Wim Vandekeybus –, la réalisation d’opéras, des textes, et surtout de fabuleuses rencontres. Choisir comme unique objet d’exposition ses films et ses dessins, on pourrait penser à une amputation, mais à visionner ses tout premiers courts-métrages tournés en 8 mm, on peut rapidement tisser des liens avec ses derniers spectacles. Le vocabulaire de l’artiste est déjà constitué et commence à former à sa manière l’univers captivant et inquiétant qu’il expose ces dernières années à travers ses sculptures de carapaces de scarabées. Des films de jeunesse aux plus récents, son obsession pour les insectes ne s’est pas démentie comme l’atteste la conversation filmée entre Fabre, le coléoptère, et Ilya Kabakov, la mouche. Les deux artistes parlent devant un panorama new-yorkais de leurs insectes-totem, dans le domaine politique, social mais aussi artistique. Mélange des genres similaire pour un rêve sur pellicule des plus étranges : les deux philosophes Dietman Kamper et Peter Sloterdijk affublés de queue de pie poussent avec l’artiste des boules d’excréments au milieu d’un champ de boue. Des bousiers philosophant avec humour sur leur univers à des entomologistes du Musée d’Histoire naturelle de Londres glissés dans la peau de leur insecte favori (guêpe, moustique ou papillon), les films de Jan Fabre ont de quoi troubler et faire réfléchir à l’instar de ses dessins violents et physiques. Réalisés avec son sang, son sperme ou au crayon Bic bleu, les dessins élaborés à partir de taches repoussent les limites de son corps pour prendre une dimension performative intense. Ils illustrent une démarche artistique profondément liée à la transfiguration : « Dessiner est une métamorphose de signes qui changent d’aspects comme des insectes. Une métamorphose qui se répète tout le temps... ». Décidément, Jan Fabre se plaît à tisser un labyrinthe fantastique et éprouvant où l’attirance se mêle à la répulsion.

- GAND, S.M.A.K., Citadelpark, tél. 32 09 221 17 03, 2 octobre-2 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°541 du 1 novembre 2002, avec le titre suivant : Jan Fabre, mille-pattes artistique

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