Dimanche 25 février 2018

Jacques Henri Lartigue, l’album de sa vie

L'ŒIL

Le 26 novembre 2007

Ce n’est pas une rétrospective mais plutôt le portrait émouvant d’un homme et d’un photographe. L’exposition du centre Pompidou se penche sur l’aspect le plus intime du travail de Jacques Henri Lartigue (1894-1986), les albums grand format qu’il remplit par centaines, de façon quasi obsessionnelle, tout au long de sa vie. Une compilation de tous les instants qu’il modifie au cours du temps, choisissant un autre tirage, ajoutant ou supprimant des clichés, en recadrant d’autres.
Les albums sont ici présentés chronologiquement, accompagnés de citations qui cernent la personnalité de cet infatigable collectionneur de souvenirs.
« Ce ne sont pas des pensées que je voudrais attraper au piège, mais l’odeur de mon bonheur », disait-il de ses prises de vue. Certes, les photographies de ces albums ne sont pas toutes des chefs-d’œuvre, certaines sont purement anecdotiques, les tirages sont parfois de piètre qualité. Mais peu importe, Lartigue revendique le statut d’amateur. Ce qu’il est effectivement d’une certaine manière, dans cette façon de tout vouloir fixer, de ne pas perdre une seconde de la vie qui se déroule devant ses yeux et dont il est le premier spectateur émerveillé. Amateur donc, mais dans le sens de celui qui aime. Car au vu des tirages encadrés présentés dans les salles adjacentes, le photographe est assurément un grand artiste, dont la reconnaissance a été tardive, à plus de soixante ans,
lors d’une petite exposition new-yorkaise en 1963, recréée ici en ouverture. À l’instar d’Henri Cartier-Bresson pour qui le dessin a toujours été une priorité, Lartigue ne se destinait pas à être photographe, mais peintre. Quelques toiles illustrent cette pratique, que l’on est en droit d’oublier au plus vite pour se concentrer sur ses quatre-vingts ans de photographie. Il n’y a pas de « style Lartigue », il embrasse les modes et les courants, sensible à l’air du temps. Jamais posées, ces milliers de tranches de vie ont pour point commun l’instantanéité et le mouvement. Elles constituent la plus belle autobiographie de celui qui disait vouloir « envoyer du bonheur dans le ventre des gens ».

« Jacques Henri Lartigue », PARIS, centre Georges Pompidou, place Georges Pompidou, IVe, tél. 01 44 78 12 33, www.centrepompidou.fr,4 juin-22 septembre. Cat. coéd. Seuil/Centre Pompidou, 400 p., 370 ill., 59 euros.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°549 du 1 juillet 2003, avec le titre suivant : Jacques Henri Lartigue, l’album de sa vie

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