Samedi 29 février 2020

Collectif

Inventaire des petits riens

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 29 septembre 2015 - 485 mots

Le Centre de recherche, d’échange et de diffusion pour l’art contemporain déroule un inventaire du quotidien à partir de 22 propositions simples dans la forme et le fond.

IVRY-SUR-SEINE - Le film est ancien et le grain renvoie à l’imagerie si particulière des années 1970. Sous un pont de Brooklyn, alors zone pauvre et délaissée, un homme s’active à échafauder une sculpture avec du plâtre, tandis qu’un autre fait brûler tout et n’importe quoi dans un brasier improvisé à même la rue ; entre les deux, un enfant se mêle alternativement aux activités de l’un et de l’autre. Le premier homme est Gordon Matta-Clark, qui avec Fire Child et cette action à l’humble apparence, s’immisce en 1971 dans une banale vie de quartier et laisse s’inviter la sculpture dans l’espace public, manière de l’offrir à tout le monde, même si elle peut susciter de l’indifférence.

« Tout le monde », tel est le titre de la nouvelle exposition imaginée par Claire Le Restif, la directrice du Centre de recherche, d’échange et de diffusion pour l’art contemporain (Crédac), à Ivry-sur-Seine. L’idée d’approcher des œuvres émergées de gestes simples, dérisoires parfois, et offertes à tout le monde –  tout en lui appartenant, puisque la plupart d’entre elles proviennent de collections publiques françaises – s’est imposée à la vue des panneaux d’affichage municipaux qui, entre deux campagnes, sont recouverts de bleu, offrant à ces espaces d’expression une pause ou un temps de flottement avant une nouvelle surenchère communicationnelle. De tels panneaux rythment d’ailleurs les espaces d’exposition, servant de support à des écrans vidéo.

22 réflexions sur le « peu »
Cette proposition s’intéresse de manière fine et sensible à des œuvres de vingt-deux artistes qui, dans leur forme même ou leur protocole, abordent des questions relatives à une appartenance commune, au rituel, au soin, à l’écologie, à la préservation et réalisées avec économie.
L’accrochage de la première salle est très réussi. Outre Gordon Matta-Clark (1943-1978), sont très à leur aise les avocatiers que Michel Blazy couve depuis près de vingt ans pour certains, avec une constance d’esprit et une banalité du geste (Collection d’avocatiers, 1997). Sur une table de Marie Cool et Fabio Balducci s’étale une économie du geste improductif, lorsque des dizaines de crayons de couleur parfaitement alignés sont délicatement mis en mouvement par un intervenant à qui a été confié un strict protocole (Sans titre (crayons de couleur, table), 2010).

Ailleurs Roman Signer roule à vélo sur des feuilles de papier qui ont conservé la trace de son passage, tandis que Gina Pane jette dans la rivière quatre dessins, comme pour signifier qu’elle mettait fin à cette pratique (Action autocritique, 1969). Mais c’est le Japonais Koji Enokura, membre du mouvement Mono-ha, qui réalise l’une des plus belles actions de cet ensemble, en se couchant sur la plage à la lisière des vagues, comme pour embrasser la mer et en stopper la progression qu’il sait pourtant inéluctable.

TOUT LE MONDE

Jusqu’au 6 décembre, Centre d’art contemporain d’Ivry – Le Crédac, La Manufacture des œillets, 25-29, rue Raspail, 94200 Ivry-sur-Seine, tél. 01 49 60 25 06, www.credac.fr, tlj sauf lundi 14h-18h, samedi-dimanche 14h-19h.

Légende photo
Roman Signer, Papierblätter, 1991, photographie de « Action avec une bicyclette et papier », réalisée le 20 octobre 1991 dans la vallée du Rhin, canton de Saint-Gall, 21 x 29,7 cm. © Photo : Stefan Rohner. Courtesy de l’artiste et Art : Concept, Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°442 du 2 octobre 2015, avec le titre suivant : Inventaire des petits riens

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