Civilisations

Invasion berbère

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 17 septembre 2008 - 449 mots

L’abbaye de Daoulas consacre son exposition annuelle à cette culture d’Afrique du Nord.

DAOULAS - Si le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée de Marseille (MuCEM) n’existe pas encore, il fait vivre ses collections. En témoigne « Berbères, de rives en rêves », exposition conçue en partenariat avec l’abbaye de Daoulas (Finistère), où elle est présentée depuis mai. Ce lieu – dépourvu pour sa part de collections –, a en effet choisi dès 1986 de consacrer sa traditionnelle exposition d’été aux civilisations du monde. Après les Dogons ou les Vikings, c’est donc avec les Berbères que le cycle continue d’explorer la question de l’identité et de l’altérité. L’exposition démontre également, si besoin en était encore, à quel point une civilisation se définit d’abord par son patrimoine immatériel. Car dans le cas des Berbères, qui ne constituent pas un groupe de population homogène, c’est avant tout la langue, le tamazight, qui a maintenu un ferment d’unité autour de ces quelque 25 millions de personnes disséminées dans une dizaine de pays du Maghreb. Cette identité linguistique a réussi à perdurer en dépit des dominations phénicienne, romaine, arabe puis française.

Motifs géométriques
Plongé dans une semi-obscurité, le parcours scénographique, impeccable, débute par l’évocation de cette mosaïque de peuples, kabyles, touaregs, chaouïas, rifains et chleuhs grâce à des cartes et projections. Des documents attestent aussi l’existence d’un alphabet commun, même si la transmission orale, souvent mise en musique comme le montrent les nombreux instruments traditionnels, est restée dominante. Une écriture serait en effet apparue au cours de l’Antiquité avant de disparaître avec l’invasion arabe, hormis chez les Touaregs. Présenté dans la première salle, le passeport de Kateb Yacine (1929-1989), auteur algérien de l’un des premiers manifestes pour l’unité berbère (L’Arbre des origines, 1962), fait figure de symbole de cette volonté de réhabilitation de la langue qui culminera dans les années 1970 grâce à une abondante production littéraire. Silex taillés, stèles phéniciennes et romaines viennent ensuite rendre compte de la continuité d’occupation de cette zone géographique, malgré les soubresauts de l’histoire. Les modes de vie, notamment le nomadisme, sont illustrés par une floraison d’objets artisanaux de très haute qualité, dont les motifs ornementaux, aux vertus souvent prophylactiques, privilégient la géométrie. La visite, ponctuée d’entretiens réalisés avec des personnalités berbères, s’achève dans une grande salle évoquant la dualité des univers féminin et masculin. Un sujet qui a constitué, lui aussi, un cheval de bataille pour Kateb Yacine, figure tutélaire de cette exposition et farouche détracteur des sociétés patriarcales méditerranéennes.

BERBÈRES, DE RIVES EN RÊVES

Jusqu’au 4 janvier 2009, abbaye de Daoulas, 21, rue de l’Église, 29460 Daoulas, tél. 02 98 25 84 39, www.abbaye-daoulas.com
Catalogue, collectif, coéd. EPCC-Abbaye de Daoulas/Sépia, 192 p., 37 euros.

Berbères

- Commissariat scientifique : Mireille Jacotin, conservatrice du patrimoine, MuCEM, Marseille ; Salem Chaker, professeur des universités à l’Inalco, directeur du Centre de recherches berbères
- Scénographie : Alexandre Fruh, Atelier Caravane, Strasbourg

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°287 du 19 septembre 2008, avec le titre suivant : Invasion berbère

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