Jeudi 13 décembre 2018

Intoxiqué à la télé

Première monographie de Tony Oursler en Espagne

Le Journal des Arts

Le 2 mars 2001 - 428 mots

L’exposition « Tony Oursler » est l’un des projets les plus attendus de la programmation 2001 de l’Ivam, à Valence. Cette manifestation constitue la première monographie en Espagne de cet artiste, l’une des références de l’art vidéo actuel.

VALENCE (de notre correspondante) - Né à New York en 1957, Tony Oursler a fait ses études dans l’une des écoles les plus importantes de la Côte ouest des États-Unis, le Cal Arts de Californie. Déjà avant lui, étaient passés par cet établissement des artistes aussi importants que Bill Viola, Jonathan Borofsky, John Baldessari, Laurie Anderson ou Mike Kelley. C’est précisément avec ce dernier que Tony Oursler a fondé le groupe “The Poetics” à la fin des années 1970. Malgré sa formation essentiellement picturale, Oursler s’est intéressé, à Cal Arts, à la possibilité d’utiliser différents langages plastiques tout en faisant passer un même discours esthétique. L’artiste a ainsi tour à tour utilisé la photographie, l’installation, la musique, la performance, la peinture et la vidéo, même si c’est ce dernier médium qu’il maîtrise le mieux. L’exposition de l’Ivam réunit notamment une partie de ses dessins, la commissaire de l’exposition, Teresa Millet, estimant que les travaux sur papier de l’artiste “font émerger la poésie contenue dans son travail vidéo”, même si cet aspect “est parfois difficile à appréhender”.

Ses poupées aux corps mous et morts, ses têtes exaspérées et hurlantes, ses vidéo-installations qui, à partir de projections, donnent vie à des objets inanimés, sont autant d’œuvres qui ne laissent pas les spectateurs indifférents. Au moyen du grotesque, de l’agressivité, de la claustrophobie ou de l’image quotidienne, elles essaient de bousculer le visiteur, de l’impliquer corps et âme dans les pièces qu’il contemple.

L’effet des médias de masse et, plus spécifiquement, de la télévision sur les générations actuelles est l’un des aspects principaux sur lequel Oursler concentre son énergie. Il construit ainsi un parallèle entre l’obsession de consommation du petit écran et les psychoses contemporaines : “les médias engendrent une forme de toxicomanie”, souligne-t-il. Il crée ainsi des parangons de l’actuelle désintégration de la personnalité, de l’incapacité à discerner entre le réel et le fictif, entre la fragmentation et le blocage corporel et mental de ses personnages.

Les psychoses sont comme des stratégies compensatoires face à la perte des relations personnelles et du contact physique. Aussi, face à une sphère de fibre de verre d’Oursler, nous pouvons nous poser la question : “Sommes-nous dedans ou dehors ?”

- Tony Oursler, jusqu’au 15 avril, Ivam, Centre du Carmen, 4 rue du Museu, Valence, tél. 34 96 386 30 00, tlj sauf lundi 10h-17h30, www.ivam.es

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°122 du 2 mars 2001, avec le titre suivant : Intoxiqué à la télé

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