Mercredi 21 février 2018

Instantané de l’estampe au Saga 98

Le panorama d’un genre méconnu

Le Journal des Arts

Le 13 janvier 2009

Malgré l’effondrement du marché des multiples, l’estampe semble bénéficier d’un regain d’intérêt de la part des artistes, qui s’orientent désormais vers des travaux plus rares et explorent de nouvelles voies. Plusieurs établissements en France consacrent leurs collections à ce genre, mais le salon Saga, dont voici la douzième édition, offre une opportunité unique de découvrir l’estampe contemporaine dans toute sa diversité.

Si à partir de la fin des années cinquante, certains artistes dans la mouvance du Pop’Art ont pu considérer l’impression comme une métaphore de la fabrication industrielle et s’en servir pour remettre en cause les notions d’original et d’unicité de l’œuvre d’art, l’estampe reste néanmoins une pratique essentiellement manuelle.

Le thème de l’exposition que la Bibliothèque nationale de France présentée au salon Saga 98 est à cet égard emblématique : “De main de maître” rassemble des estampes de Giacometti, Chillida ou encore Bruce Nauman, sur le thème de la main.

La plupart des peintres modernes ont pratiqué la gravure ou la lithographie. Non pas pour diffuser leur œuvre, mais pour prolonger, à travers des techniques spécifiques, leurs recherches plastiques et leurs réflexions théoriques. Les Fauves ont ainsi trouvé dans les bois gravés une expression efficace du primitivisme.

L’estampe sert aussi de terrain à des expérimentations plus paradoxales et complexes, sur la représentation de l’espace par exemple. Cela va des formats inhabituellement grands des lithographies de Pierre Alechinsky – à qui les Éditions Ateliers Clot consacrent une exposition personnelle –, jusqu’aux recherches de François Morellet. Ses Courbinettes, visibles sur le stand de la galerie Oniris, combinent des arcs de cercle tracés sur le papier et des carrés découpés dans du carton, interrogeant ainsi l’espace par la ligne. Balasubramaniam, le jeune artiste indien présenté par la galerie Michèle Broutta, explore des voies fort proches, avec ses juxtapositions de sérigraphies et d’hologrammes.

Ces derniers temps, de nombreux créateurs se sont également intéressés aux effets de supports translucides. José Maria Sicilia laisse entrevoir, dans la transparence du papier, des crânes ou des chandeliers évanescents, à la manière de Vanités modernes. Sa suite lithographique des Mille nuits et Une nuit est exposée au Saga chez Michael Woolworth. Dans un esprit tout à fait différent, François Bouillon et Jean-Charles Blais jonglent avec des impressions recto-verso sur altuglass ou papier translucide.

De la plume au burin
Secteur particulier de l’estampe, le livre d’artiste et de bibliophilie sera très présent au Salon. Le stand de l’Urdla, centre international de l’estampe, rendra hommage à ce genre menacé, qui a connu son apogée avec l’art conceptuel. Aujourd’hui, on ne peut qu’être frappé par la diversité des recherches. Au “classicisme” du Don Quichotte de Gérard Garouste, exposé chez Franck Bordas, répondent des expériences d’une grande originalité qui revêtent souvent la forme du défi. Défi humoristique d’Eduardo Arroyo, qui présente chez Franck Bordas les illustrations des 50 premiers articles d’un Dictionnaire impossible ; défi conceptuel et plastique chez Johannes Strugalla, qui tente de traduire en images les poèmes-spectacles de Serge Pey. Il lui faut trouver des équivalences graphiques aux performances de l’auteur, qui rédige ses textes sur des bâtons ou des piquets à tomates. Tiré à 99 exemplaires sur papier Arches, L’horizon est une bouche tordue, illustré par Johannes Strugalla, sera proposé à l’espace Françoise Despalles Éditions.

Petit glossaire de l’estampe

Estampe originale : création multiple mais autonome. L’artiste prépare la matrice ou en dirige totalement la préparation, puis tire un nombre d’épreuves déterminé. Les estampes originales contemporaines sont généralement signées et numérotées.

Estampe d’interprétation : transcription d’une œuvre par un technicien, qui choisit la technique et le support les mieux adaptés pour s’approcher des intentions du modèle original.

Estampe de reproduction : reproduction d’une œuvre. Les artistes de la fin du XIXe siècle ont largement utilisé ce moyen pour diffuser leur œuvre. Les épreuves peuvent alors porter leur signature.

Épreuve d’état : planche d’essai tirée par l’artiste après chaque modification de la matrice et qui montre la progression de son travail.

Livre d’artiste : œuvre d’un artiste seul, sans la participation d’un écrivain, contrairement au livre de bibliophilie qui illustre un texte.

SAGA 98, 23 avril-27 avril, Espace Eiffel-Branly, 25-55 quai Branly, 75007 Paris, tlj 12h-20h, week-end 10h-20h, le 24 avril 12h-23h. Entrée 40 F, catalogue 100 F.
Centre de la gravure et de l’image imprimée, 10 rue des Amours, La Louvière, Belgique, tél. 32 64 28 48 58, tlj sauf lundi 12h-18h, week-end 11h-18h.
Urdla, 207 rue Francis-de-Pressensé, Villeurbanne, tél. 04 72 65 33 34, du lundi au vendredi 9h30-12h et 14h30-18h.
Centre national de l’estampe et de l’art imprimé, île des Impressionnistes, Chatou, tél. 01 39 52 45 35, du mercredi au dimanche 12h-18h.
Musée du dessin et de l’estampe originale, Arsenal, Gravelines, tél. 03 28 65 50 60, tlj sauf mardi 14h-17h, week-end 15h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°56 du 13 mars 1998, avec le titre suivant : Instantané de l’estampe au Saga 98

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