Architecture

Haussmann

Impressions parisiennes

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 18 janvier 2011 - 761 mots

ESSEN / ALLEMAGNE

Le musée d’Essen, en Allemagne, bat des records de fréquentation avec une exposition d’images de Paris à la fin du XIXe siècle.

ESSEN - Depuis le début du mois d’octobre, le musée de la capitale de l’ancien empire sidérurgique de la famille Krupp, dans la Ruhr (Allemagne), récemment rénové et agrandi par l’architecte David Chipperfield, fait salle comble avec une moyenne de plus de 2 000 visiteurs par jour. Motif de ce succès ? Une exposition temporaire, conçue par Françoise Cachin, ancienne directrice du Musée d’Orsay, à Paris, puis des Musées de France, consacrée à « Images d’une capitale. Paris au temps de l’impressionnisme ». Celle-ci réunit notamment quelques têtes d’affiche – mais pas seulement – comme le Bal du moulin de la Galette (1876) de Renoir, prêté exceptionnellement par le Musée d’Orsay. Le titre de la manifestation est pourtant quelque peu trompeur car, si impressionnisme il y a, le sujet porte plutôt sur la manière dont les peintres et photographes ont perçu les mutations profondes subies par la capitale, sur décision de Napoléon III et du baron Haussmann, puis poursuivies sous la IIIe République. De 1860 jusque vers 1900, Paris est en effet devenue un vaste chantier à ciel ouvert, subissant maintes destructions pour aboutir à une modernisation, laissée inachevée, de son centre urbain. L’exposition explicite peu cette métamorphose urbaine, mais propose plutôt une promenade visuelle dans une ville qui inspire alors une foule d’artistes venus de tous horizons, qui font aussi de Paris l’un des foyers artistiques les plus dynamiques de l’époque. 

Un Vieux Paris totalement éventré
Organisée de manière thématique, l’exposition invite à la délectation – notamment grâce à la lumière naturelle qui éclaire les peintures – devant des œuvres dont certaines sont assez méconnues. Le parcours photographique donne à voir concrètement ces métamorphoses de la capitale. Avec leur objectif encore lourd et encombrant, Édouard Baldus, Louis-Émile Durandelle, Charles Marville puis Eugène Atget fixent l’image de ces artères nouvelles qui éventrent le Vieux Paris. Ces images, qui allient beauté plastique et intérêt documentaire, laissent pourtant un sentiment étrange. La ville y paraît toujours déserte, animée de quelques très rares personnages comme sur cette photographie de Baldus où le chantier du Louvre paraît fantomatique alors que les ouvriers y travaillaient jour et nuit (1854-1855, Paris, Musée Carnavalet). La raison en est pourtant simple : les temps de pose très longs ont effacé tous les personnages en mouvement des tirages. 

Points de vue renouvelés
C’est donc dans la peinture que la ville peut prendre visage humain. Sous le pinceau de Gustave Caillebotte, les bourgeois parisiens deviennent des sujets monumentaux en rupture avec la tradition académique (Rue de Paris, temps de pluie, 1877, Chicago, The Art Institute). Depuis les balcons des immeubles – une nouveauté de l’habitat haussmannien –, les points de vue se renouvellent comme l’illustre un surprenant tableau pointilliste d’Edvard Munch, Rue Lafayette (1891, Oslo, Musée national d’art). Avec Le Chemin de fer (1873, Washington, National Gallery of Art), Manet propose un portrait de Victorine Meurent, son modèle favori, en compagnie de la fille d’Alphonse Hirsch, dans une scène composée depuis le jardin de ce dernier qui surplombe la tranchée ferroviaire de la gare Saint-Lazare. Ce quartier, emblématique des transformations haussmanniennes, a inspiré de nombreux artistes, de Goeneutte à Bonnard, tout comme les cafés où les âmes en peine noient alors leur chagrin. S’ils livrent une image de la vie moderne empreinte souvent de nostalgie ou de désillusion, les artistes semblent pourtant rester indifférents aux événements politiques, notamment à la Commune de 1871. Seuls quelques photographes méconnus, à l’exception notable de Disdéri (dont l’attitude par rapport à la Commune est pourtant ambiguë), prennent le risque de photographier les destructions et les victimes. Un très beau tableau signé André Devambez, (La Charge, vers 1902, Paris, Musée d’Orsay), longtemps accroché dans le bureau du préfet de police de Paris, fait aussi figure de brillante exception. Avec une magistrale contre-plongée, Devambez illustre la manière dont les forces de l’ordre répriment violemment une manifestation, boulevard Montmartre, au milieu de passants visiblement étrangers aux événements. Cette exposition rappelle aussi avec subtilité aux visiteurs que la fin du XIXe siècle a vu cohabiter les impressionnistes avec des artistes qui ont témoigné de leur époque dans une veine plus naturaliste. Non sans brio.

Paris au temps de l’Impressionnisme

Commissariat : Françoise Cachin, conservatrice honoraire du patrimoine, ancienne directrice du Musée d’Orsay et des Musées de France ; Françoise Reynaud, conservatrice en charge des collections photographiques au Musée Carnavalet, à Paris ; Virginie Chardin, commissaire indépendante, spécialiste de la photographie

Nombre d’œuvres : 80 peintures, 120 photographies

IMAGES D’UNE CAPITALE. PARIS AU TEMPS DE L’IMPRESSIONNISME

Jusqu’au 30 janvier, Museum Folkwang, 1, Museumsplatz, Essen, Allemagne, tél. 49 201 8845 444, www.museum-folkwang.de, tlj sauf lundi 10h-20h, vendredi jusqu’à 22h30. Catalogue, éd. Folkwang/Steidl, 38 euros, ISBN 978-3-8693-0183-9

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°339 du 21 janvier 2011, avec le titre suivant : Impressions parisiennes

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