Art contemporain

Montpellier (34)

Immersion au cœur de l’occulte

MO.CO. Panacée- Jusqu’au 3 janvier 2021

Par Anne-Charlotte Michaut · L'ŒIL

Le 27 octobre 2020 - 510 mots

Coup de cœur : À Montpellier, une vingtaine d’artistes, nés pour la plupart après 1980, se réapproprient l’occulte et l’ésotérisme pour en faire, par la création, des armes de résistance à l’ordre établi.

« Déviance, performance, résistance » : le ton est lancé. Le postulat de l’exposition est, selon les termes de Nicolas Bourriaud, le directeur chahuté du MO.CO., que « les corps exclus – parce qu’assignés à un genre, parce qu’ostracisés en raison de ce genre, parce que victimes de ségrégations – viennent occuper cet espace qui fut jadis occupé par la magie et l’occulte, et aujourd’hui dévolu à l’art. » Démarche ambitieuse, mais résolument actuelle : la sorcellerie, le mysticisme ou l’ésotérisme connaissent un regain d’intérêt certain depuis quelques années, notamment auprès de la création émergente. Au MO.CO., les visiteurs sont invités à pénétrer dans un couloir plongé dans la pénombre et à découvrir, de salles en alcôves, des propositions aussi diverses que puissantes, dont beaucoup ont été produites pour l’occasion. Fantomatique, cauchemardesque ou fragmentée, la présence humaine est, dès les premières salles, à la fois absente et palpable. La scénographie, sobre et efficace, permet aux œuvres, aussi diverses soient-elles, de dialoguer. Au ton blanchâtre des installations sculpturales conçues par Dominique White à partir de rebuts du commerce triangulaire répondent les teintes sombres des tableaux de Sedrick Chisom peuplés de figures déchues, tandis que la remarquable conception lumière anime les sculptures animales de Jean-Marie Appriou. La référence au rituel (magique, chamanique, ou divinatoire) est omniprésente dans la première partie de l’exposition, avec notamment la/le Table/eau alchimique de Nils Alix-Tabeling ou les Sculptures de chair photographiques de Myriam Mihindou.

Tel un parcours initiatique au cœur des ténèbres, les visiteurs sont invités à emprunter un couloir habité par la bande-son de Requiem pour 114 radios (Iain Forsyth et Jane Pollard) reprenant le Dies Irae, hymne funéraire médiéval. À la manière d’une apparition, se dévoile, dans une salle latérale, la danse macabre en lévitation formée par les robes (en résine et peau de vache) de Nandipha Mntambo. À l’issue de la traversée du corridor, on pénètre dans le dernier espace de l’exposition. Ici, la scénographie est moins convaincante : l’installation de Paul Maheke est comme écrasée par la monumentalité de celle, adjacente, de Jean-Baptiste Janisset, tandis que la petite salle triangulaire dévolue au travail passionnant de Laura Gozlan semble un appendice à l’exposition. Se distinguent ici l’assemblage de Raphaël Barontini traitant de l’histoire d’Haïti et la vidéo de Pauline Curnier Jardin, remake d’Un chant d’amour de Genet. Les quelques photographies de Pierre Molinier, intelligemment disséminées dans l’espace, ainsi que l’impressionnant tableau d’Apolonia Sokol, revisitant Le Printemps de Botticelli avec une assemblée de femmes trans, sont porteurs d’une charge politique plus frontale.

On renoue ainsi avec la force du propos annoncé, qui s’est quelque peu égaré dans l’atmosphère un brin esthétisante de l’exposition. Si Vincent Honoré, commissaire de l’exposition, souhaite « faire entendre des voix, diverses, parfois divergentes » qui « forment un chœur », l’unisson prend parfois le pas sur la puissance d’œuvres individuelles et en amoindrit la portée, lorsqu’il est avant tout question de résistance et de résilience.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°738 du 1 novembre 2020, avec le titre suivant : Immersion au cœur de l’occulte

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