Mercredi 21 février 2018

Images fixes animées - Marey et les peintres

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 23 mars 2010

À Vence, sous le tropique azuréen, le musée Rétif est discret, très discret. Presque timide. Est-ce à dire que ce bâtiment minimaliste, entouré de lavande et d’oliviers, jouit d’un morne sommeil ? Ou son charme ne se dévoile-t-il qu’aux curieux et aux jaloux, certains de tenir là un secret tel que bavardage et tapage sont mal venus ? L’actuelle exposition, sobrement intitulée « La mémoire du geste », entend étudier les rapports étroits qu’entretiennent la photographie et la peinture au terme d’une confrontation entre les œuvres d’Étienne-Jules Marey et celles de trois artistes contemporains, associés à la Figuration narrative.

Pionnier de la chronophotographie, Marey peut à juste titre être considéré comme l’un des précurseurs du cinématographe tant ses images, obsédées par la décomposition du mouvement (Vol descendant du pélican vers la droite, vers 1887), anticipent la singularité même du septième art, à savoir sa dimension éminemment temporelle.

Les peintures de Gérard Guyomard et de Gérard Le Cloarec expriment combien l’art contemporain emprunte à cette fixation esthétisée du réel, le premier superposant des silhouettes anonymes au cœur d’une vision presque « stroboscopique » du monde (Rue Montorgueil, 1975), le second décomposant et « pixellisant » un espace saturé de formes (L’Effort, 1981). Espace-temps-mouvement : cette trilogie moderne, incarnée par Marey et bientôt relayée par Duchamp (Nu descendant l’escalier n° 2, 1912), trouve en Vladimir Velickovic un héritier subtil et tourmenté, le geste syncopé s’apparentant dès lors à une gesticulation mortifère (La Grande Poursuite, 1986).

L’exposition, si elle n’avait préalablement circonscrit son champ d’intervention, eût pu sembler trop grande ou presque éculée. Or, en cantonnant sa démonstration à un sujet original, elle évite un écueil désormais ordinaire : la triste anthologie. Et puisque l’enjeu est aussi intelligent que serré, il ne saurait y avoir, pour le musée ou pour le visiteur, d’ambitions déçues ou d’illusions perdues. À méditer.

« La mémoire du geste. Hommage à Marey », musée Rétif, 1670, avenue Rhin-et-Danube, Vence (06), tél. 04 93 58 44 20, jusqu’au 30 mai 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°623 du 1 avril 2010, avec le titre suivant : Images fixes animées - Marey et les peintres

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