Jeudi 13 décembre 2018

Il fait trop chaud pour travailler

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 juillet 2004 - 447 mots

Drôle de façon de fêter son anniversaire. Pour ses vingt ans, le Frac s’est mis sans dessus desssous en exposant ses réserves dans la salle principale du Collège. Cinq cent quarante-six œuvres seront entreposées là jusqu’en novembre, dans l’attente d’une mise en lumière un peu spéciale. En effet, chaque semaine, une d’entre elles sortira de sa réserve pour être exposée parmi d’autres élues dans un pavillon-exposition témoin aménagé à l’étage. Durant sept jours, cette œuvre aura droit à tous les regards avant de regagner tranquillement ses pénates. Qui aura droit à ce sort ? Les fleurons de la collection mais aussi les erreurs de parcours, les déshéritées de la mode, les œuvres classiques et celles plus improbables, toutes auront potentiellement le droit de parader. Mais de quel droit parle-t-on ? Le plus impérieux, le moins discutable a priori car le plus neutre, désincarné, inconscient, celui du choix mécanique, électronique en fait, d’un ordinateur programmé par l’artiste Pierre Giner. Lui seul aura le privilège de choisir. Le choix, habituelle prérogative du commissaire pouvant parfois virer au despotisme, se retrouvera de fait bafoué. Un moyen de lézarder tranquille ? Davantage un hommage, une réflexion respectueuse et intelligente sur le rejet de l’intentionnalité érigé en dogme par le compositeur américain John Cage. Dès les années 1950, il avait libéré sa création en la soumettant à des opérations aléatoires hissant l’indéterminisme au rang de composition. De cette pratique radicale, refoulant les prérogatives du créateur, a germé ce programme informatique, « outil de réflexion, de spéculation et d’anticipation d’une collection ». Le visiteur pourra même se plonger dans la collection à travers un jeu d’activation virtuelle d’œuvres et anticiper des configurations et des confrontations. Évidemment difficile de prédire ce que seront ces expositions temporaires, mais on sait déjà qu’elles mettront en échec le principe de réussite et de fiasco, de bon et de mauvais goût, le subjectif n’ayant plus grand-chose à faire là-dedans. Mais il sera toujours temps d’interpréter à défaut de décider, de se laisser porter par ce vent de liberté qui souffle sur l’exercice toujours difficile et fastidieux de l’exposition des collections. En fantasmant qu’un jour le système de Pierre Giner fasse légion et ne vienne chahuter le hiératisme des institutions muséales. Eh hop ! La Joconde au placard et un petit maître en lieu et place par un jeu défiant toute logique historique et toute raison. Cet été il sera donc question de calculs savants, de statistiques, de chance et de poisse. Tout dépend du point de vue.

« Miscellaneous (spaces) Générateur aléatoire de collection », REIMS (51), Frac Champagne-Ardennes, Le Collège, 1 place Museux, tél. 03 26 05 78 32, jusqu’au 1er novembre (fermé les trois premières semaines d’août).

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°560 du 1 juillet 2004, avec le titre suivant : Il fait trop chaud pour travailler

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