Dimanche 8 décembre 2019

Art moderne

Paris-4e

Il était une fois la Révolution à vitebsk

Centre Pompidou - Jusqu’au 16 juillet 2018

Par Marie Zawisza · L'ŒIL

Le 22 mai 2018 - 356 mots

Vitebsk, petite ville de la Biélorussie actuelle, à laquelle le petit cours d’eau de la Vitba, qui la traverse, a donné son nom.

Pour les amateurs d’art, elle évoque d’abord sans doute l’imaginaire de Marc Chagall, qui y est né en 1887 et a fait d’elle le décor de certaines de ses peintures – comme celle d’un couple d’amoureux planant au-dessus de sa ville natale. Cette œuvre est de celles qui ouvrent l’exposition Chagall, Lissitzky, Malevitch, l’avant-garde russe à Vitebsk au Centre Pompidou. Car Vitebsk ne fut pas seulement pour Chagall une source d’inspiration : dans l’effervescence de la révolution russe, elle fut le foyer dans lequel il tenta de réinventer l’art, entraînant avec lui El Lissitzky et Malevitch, avant leur rupture en 1920. Le parcours, magnifique et clair, retrace leur aventure révolutionnaire et artistique.

En 1919, Chagall, commissaire des beaux-arts de Vitebsk et de sa province, ouvre une école d’art populaire. Ce qui frappe dans les premières salles, c’est la diversité des artistes qui s’y retrouvent. Une vue mélancolique de la ville, rehaussée de seulement quelques taches de couleurs bleues, de l’aquarelliste Mstislav Doboujinski, premier directeur de l’école, côtoie ainsi un violon rouge d’Ivan Puni, figure incontournable des courants futuristes, ou une composition suprématiste de David Iakerson. L’arrivée de Malevitch à Vitebsk, en 1919, change la donne. Il y a été invité par El Lissitzky, en charge des ateliers d’imprimerie, d’arts graphiques et d’architecture. Pour eux, l’art est une aventure collective, et la toile se construit avec des figures géométriques. Lissitzky développe ses « Prouns », « projets d’affirmation du nouveau en art », qui transposent le volume de l’architecture à l’espace pictural. Malevitch, quant à lui, dans sa recherche théorique du « suprématisme de l’esprit », comme il intitule une de ses rares peintures, délaisse la création picturale. Les élèves et disciples de leur groupe, Unovis ou « affirmateurs du nouveau en art », dont on peine finalement à distinguer les productions, sont fascinés et délaissent l’atelier de l’irréductible Chagall, qui quitte la ville en mai 1920. La révolution de Vitebsk se poursuit sans lui.
 

« Chagall, Lissitzky, Malevitch, l’avant-garde russe à Vitebsk (1918-1922) »
Centre Pompidou, place Georges-Pompidou, Paris 4e. www. centrepompidou.fr

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°713 du 1 juin 2018, avec le titre suivant : Il était une fois la Révolution à vitebsk

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