Huit colonnes à la une

\"Over the Edges\" se déploie à Gand

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 12 mai 2000 - 559 mots

Le SMAK, le Musée d’art contemporain de Gand, célèbre à sa manière le cinq centième anniversaire de la naissance de Charles Quint dans la cité flamande. Jan Hoet et Giacinto Di Pietrantonio ont conçu l’exposition « Over the Edges », qui déploie dans l’espace urbain un parcours impliquant une soixantaine d’artistes internationaux.

GAND - En 1986, le turbulent commissaire d’exposition Jan Hoet concevait à Gand l’une des expositions mythiques de cette fin de siècle : “Chambre d’Amis”. Son projet était alors de faire sortir l’art du musée et de transformer les appartements d’un certain nombre d’habitants en espaces domestiques d’exposition. Le parcours proposé aujourd’hui se déplace du privé au public, et les interventions des artistes s’inscrivent dans le tissu urbain : rues, places, plans d’eau, bâtiments publics… La formule est à la mode, à l’image du succès du dernier Skulptur Projekt de Münster, avant même d’être récupérée et transformée en sous-produit commercial du type “Parcours Saint-Germain”.

Pour “Over the Edges”, Jan Hoet a développé la problématique avec Giacinto Di Pietrantonio, cherchant à explorer “la limite entre l’intérieur et l’extérieur, entre le domaine privé et le domaine public”. Les créateurs ont ainsi préparé pendant deux ans leur intervention, dans un processus qui tente à la fois d’intégrer les œuvres dans le contexte du centre historique de la ville et de développer des liens avec le tissu social. Dans une vision quelque peu utopique, le discours ne varie pas : si le public ne vient pas au musée, c’est aux œuvres d’aller à sa rencontre. De fait, cette contextualisation donne des résultats inattendus, avec un zeste médiéval, à l’image des Drapeaux universels de Philippe Ramette qui flottent au sommet du beffroi, ou des vitraux de couples passés aux rayons X – dans tous les sens du terme – installés par Wim Delvoye dans la chapelle Norbertine, sur Drongenhof. L’Antiquité n’est pas non plus oubliée, avec une interprétation contemporaine du Cyclope par Marco Boggio Sella – une sculpture un peu kitsch de sept mètres de haut -, ou l’intervention de l’Italien Michelangelo Pistoletto qui a placé, à l’angle de Belfortstraat et de Hoogpoort, quatre statues en bronze, une œuvre qui est loin d’être sa meilleure. Plus subtile est l’intervention de son compatriote Alberto Garutti, qui a relié l’éclairage public du Vrijdagsmarkt aux maternités de Gand, et dont les lampadaires s’éclairent au rythme des naissances. Au gré du parcours, les passants découvrent les pièces de Nicolas Floc’h, Maurizio Cattelan, Thierry De Cordier, Jimmie Durham, Olafur Eliasson, Fabrice Gygi, David Hammons, Ilya Kabakov, Joseph Kosuth, Pipilotti Rist, Ugo Rondinone… Même si l’ambition du projet consiste à venir à la rencontre du public, ce dernier n’est pas toujours prêt à appréhender avec bienveillance les œuvres d’art contemporain. Ainsi, l’intervention de Jan Fabre sur la façade de l’amphithéâtre de l’université a-t-elle déclenché l’ire d’une partie des habitants. L’artiste avait décidé d’en recouvrir les huit colonnes avec du jambon fumé dont les filets de graisse s’apparentent curieusement aux veines du marbre. Cette installation organique a subi plusieurs outrages, tandis que des ligues de protection des animaux manifestaient sur place leur désaccord, brandissant des photographies de cochons. Décidément, les mauvais jeux de mots ont encore un bel avenir devant eux !

- OVER THE EDGES, jusqu’au 30 juin, divers lieux dans la ville, Gand, tél. 32 9 221 17 03, www.smak.be. Catalogue en deux parties, env. 170 F

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°105 du 12 mai 2000, avec le titre suivant : Huit colonnes à la une

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