Lundi 17 décembre 2018

Anvers

Hommage à Luc Peire

Le concept de la verticale

Le Journal des Arts

Le 1 juin 1995 - 441 mots

Le Musée des beaux-arts d’Anvers rend hommage à Luc Peire, disparu il y a un an à peine, avec une rétrospective qui réunit 125 œuvres pour retracer, de 1936 à 1994, l’évolution d’un artiste dont le maître-mot fut, sans doute, la cohérence.

ANVERS - Une fois passés les débuts animistes, la personnalité de l’artiste se met en place : dès 1947, la couleur se défait d’une trop forte présence de la matière, et la composition gagne en architecture. Les voyages et les rencontres l’orientent vers un dépouillement progressif de l’accidentel. La réalité s’épure et se synthétise pour aboutir, vers 1965, à un travail de verticales rythmées en séquences sérialisées.

Luc Peire joue de la théâtralité de la perspective et de la transparence des plans lumineux. La ligne se veut aérienne et architecturale. Elle scande l’es­pace en d’infinis jeux d’optique qui, progressivement, éloignent Peire de la peinture de chevalet. En 1984, l’artiste témoigne de sa conception : "Ma peinture n’est pas une peinture de formes mais plutôt de rythme. Puis les sons, et ici les couleurs".

Minimaliste par son dépouillement, conceptuel par l’organisation systématique des moyens mis en œuvre, Luc Peire s’inscrit dans le sillage de l’art optique : la lumière, le son, la couleur mettent en tension l’espace dans un mouvement vertical "de l’infiniment haut à l’infiniment bas", jusqu’à exprimer un sentiment de néant. Très vite, l’artiste prolonge son travail au-delà de la peinture : il utilise le plexiglas pour créer de nouveaux effets spatiaux, explore la gravure, travaille à l’intégration architecturale, conçoit des environnements qui, par des jeux de miroirs, prolongent les lignes à l’infini.

Le rêve du constructivisme international
L’exposition organisée à Anvers retrace avec lisibilité ce parcours original. La présentation aérée met en évidence l’évolution de l’artiste, sans toutefois en souligner suffisamment les enjeux. La valeur de projet et le caractère systématique de la recherche conduisent Peire à revendiquer, comme le fera à la même époque Jo Delahaut, une intégration dans l’espace de la cité. L’artiste est fidèle à un sens de l’utopie qui prolonge le rêve du constructivisme international. Il restera cependant attaché à la valeur de l’image. Les peintures, conçues comme des épures, restent encloses sur leur perfection même. Peire n’affichera jamais l’intégrisme conceptuel des Américains.

La peinture restera la question centrale de son œuvre, alors que son travail tend à en dépasser les limites affirmées. "Nous devons arriver à faire œuvre d’ensemble, œuvre anonyme d’un groupe d’humains de notre siècle", déclarait Peire en 1976. Une exposition à voir et à méditer.

"Luc Peire 1916-1994", Musées royaux des beaux-arts d’Anvers, jusqu’au 25 juin. Renseignements tél. : 03 238 78 09. Entrée 200 FB. Catalogue de 152 pages.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°15 du 1 juin 1995, avec le titre suivant : Hommage à Luc Peire

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