Homer à l’américaine

La rétrospective de Washington ne fera pas étape en Europe

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 1995

La rétrospective Winslow Homer à la National Gallery of Art est une agréable révélation pour les visiteurs peu familiarisés avec l’œuvre riche et profonde du peintre américain. Malheureusement, les deux cents huiles et aquarelles ne seront pas présentées à Londres, comme il en avait un temps été question.

WASHINGTON (de notre correspondant) - "Winslow Homer appartient à la première grande génération moderniste des Manet, Degas, Monet et Whistler, mais rien ne permet de croire qu’il ait été directement influencé par eux", rappelle Nicolai Cikovsky Jr., conservateur à la National Gallery, co-commissaire de l’exposition avec Franklin Kelly. "Quant à sa place dans l’art américain du siècle dernier, seul Eakins pourrait la lui contester."

Si les dernières expositions consacrées à Homer ont privilégié certains aspects de son œuvre – les aquarelles, les peintures de la guerre de Sécession, les portraits de Noirs, les paysages de la côte anglaise de la mer du Nord, ou la dernière période, à Prout’s Neck dans le Maine –, il s’agit de la première rétrospective depuis plus de vingt ans.

Près de deux cents huiles et aquarelles ainsi que plusieurs dizaines de dessins et gravures retracent le parcours de l’artiste, avec des toiles aussi célèbres que Snap the Whip (1872), Breezing Up (1876), Nooning (1872) et The Gulf-Stream (1899). Les aquarelles sont regroupées par sujets – pêcheurs des Cullercoats, paysages tropicaux des Caraïbes, scènes de pêche et de chasse dans les Adirondacks –, et une place spéciale est accordée aux grands paysages marins des rivages de la Nouvelle-Angleterre.

Un seule œuvre de Homer au Musée d’Orsay
L’exposition sera ultérieurement présentée à Boston, où le peintre est né, puis à New York, où il a travaillé. Mais devaiton réserver la virtuosité de Homer et son inspiration typiquement américaine au seul nord-est des États-Unis ? Comme beaucoup de peintres classiques américains, Homer est presque absent des collections européennes : une huile seulement au Musée d’Orsay, acquise à l’Exposition universelle de 1900, et quelques toiles dans la collection Thyssen-Bornemisza, à Madrid, achetées au cours des quinze dernières années.

"Une telle rétrospective était pourtant susceptible d’intéresser le public européen", regrette Nicolai Cikovsky, pour qui "l’art américain s’est révélé d’une formidable fécondité au XIXe siècle, seulement dépassé par la France." Malgré cela, les musées européens ont fait la fine bouche. La Royal Academy de Londres était intéressée, mais elle comptait reléguer le peintre dans les Sackler Galleries, où l’on n’aurait pas pu présenter convenablement ses œuvres, selon Nicolai Cikovsky. Après la piètre présentation des portraits d’Eakins – coincée dans un espace exigu à la National Portrait Gallery de Londres, l’an dernier –, il a été jugé préférable de ne pas montrer Homer du tout plutôt que de le faire à son désavantage.

RÉTROSPECTIVE Winslow Homer (1836-1910), National Gallery of Art, Washington, jusqu’au 28 janvier ; Museum of Fine Arts, Boston, du 21 février au 26 mai ; Metropolitan Museum of Art, New York, du 20 juin au 22 septembre. Entrée sur réservation. Catalogue coédité par la National Gallery et Yale University Press.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°20 du 1 décembre 1995, avec le titre suivant : Homer à l’américaine

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