Dimanche 18 novembre 2018

Histoires belges

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 février 2003 - 361 mots

Régulièrement, des auteurs plaquent leur identité nationale sur certains artistes, comme si une nationalité pouvait devenir un gage de qualité. Pour quelques nations pourtant, l’art a une véritable valeur identitaire, forte et presque vitale. Si on ne peut pas vraiment parler de caractéristique française, il existe résolument une « école » anglaise de la provocation, un ton mélancolique et poétique suisse et, assurément, un humour belge. Jacques Charlier est d’ailleurs un de ses dignes porte-parole aux côtés de Magritte, Broodthaers, Lizene et du trublion de l’art contemporain, Wim Delvoye.
Sans se prendre au sérieux, il mélange comme les autres références belges, culture populaire et analyse fine de la société de l’image et du petit monde de l’art. Ironie et humour prétendument premier degré dament le pion aux prétentions esthétiques et artistiques dans un univers où se mêlent peinture, sculpture, cinéma, caricature, photographie, vidéo, écriture et collages. On a pu voir en décembre dernier une série récente de ses assemblages photographiques à Paris (salle Journiac de l’Université Paris-I) où il révélait une fois de plus son exubérance et son anticonformisme artistiques. N’allez pas parler d’académisme esthétique à cet artiste accompli, grand pourfendeur des velléités artistiques, qui n’hésite pas à faire appel aux icônes de la culture populaire flamande (le chanteur Helmut Lotti, la joueuse de tennis Kim Clijsters) pour démocratiser l’art. À Gand, il se distingue une fois de plus en faisant éditer non pas un catalogue pour relayer son exposition, mais un document gratuit. Le magazine tout en couleurs doit être distribué à chaque habitant et déjouer la pollution visuelle et informatique qui envahit habituellement sa boîte aux lettres. Le produit commercial prend du galon et devient ainsi œuvre. Assuré de toucher un lectorat bien plus large que celui du musée, Jacques Charlier devrait à coup sûr vaincre bien des réticences avec ses fausses interviews et ses photos de Flamands célèbres. Le Wallon fait coup double avec cet événement : en faisant tomber les barrières entre l’art et un nouveau public, il démontre aussi que les Belges francophones et flamands peuvent s’entendre et rire à l’unisson.

GAND, Stedelijk Museum voor Actuele Kunst, Citadelpark, tél. 9 221 17 03, jusqu’au 13 avril.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°544 du 1 février 2003, avec le titre suivant : Histoires belges

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