Henry Clarke, l’âge d’or de la haute couture

L'ŒIL

Le 1 janvier 2003

Amoureux du glamour et de l’élégance, le photographe américain Henry Clarke (1918-1996) s’est très vite attiré la confiance des plus grands couturiers, Dior, Balenciaga, Lagerfeld, Chanel... Arrivé à Paris où il décide de faire carrière en 1949, Clarke signe dès 1951 un contrat d’exclusivité avec les éditions Condé Nast et travaille pendant près de vingt ans avec les éditions française, américaine et anglaise du magazine Vogue. Deux grandes époques marquent sa carrière, la photographie de mode haute couture des années 50, en noir et blanc, puis les photographies de voyage. L’exposition réunit 200 pièces, issues pour la plupart du fonds légué par Henry Clarke au Musée Galliera et riche de 25 000 documents. Ses clichés des dix premières années dressent un portrait de l’époque, à la fois sociologique, artistique et poétique. C’est aussi le regard d’un Américain sur Paris : Henry Clarke fait poser ses modèles dans des lieux culturels de la capitale (musées) et dans des lieux à la mode représentatifs de la vie mondaine et nocturne (cafés, restaurants...). Ses élégantes aux robes sublimes donnent aussi une image très juste, bien qu’idéalisée, de l’émancipation progressive de la femme. En témoignent des photographies de femmes seules en voiture, ou dans un café buvant du champagne... C’est à cet aspect de son travail qu’est consacrée la première partie de l’exposition, qui plonge d’emblée le visiteur dans l’ambiance des années 50, où tirages originaux, retirages et planches contact sont judicieusement mis en relation avec des costumes et des accessoires d’époque. Certains clichés étonnent par leur poésie et le caractère pictural qu’ils revêtent. C’est le cas de la magnifique photographie de 1956 pour Christian Dior, prise à Paris au restaurant La Pérouse et publiée dans le Vogue anglais et américain. La composition, avec le reflet dans le miroir, pourrait être l’œuvre d’un peintre. Très pertinent, le parcours de l’exposition pensé par les commissaires Sylvie Lécallier et Fabienne Falluel ne se contente pas de présenter une série de photographies de manière thématique ou chronologique. Un ensemble de lettres, photographies, objets personnels du photographe, sont rassemblés dans la seconde partie. Ce fonds documentaire se révèle intéressant pour la compréhension du cheminement de Clarke, de son premier métier d’étalagiste, puis d’accessoiriste au studio de Vogue à New York – où il rencontre Horst, Beaton et Penn –, jusqu’à ses débuts en tant que photographe de mode. Le travail en studio, le cadrage, le choix d’un cliché parmi des centaines de séries réalisées, la retouche ou le recadrage, toutes les étapes depuis la prise de vue jusqu’à l’image publiée sont expliquées. Une série de couvertures de Vogue sont présentées, notamment la première que Clarke a réalisée et qui étonne par sa modernité, ainsi que des pages de reportages People où il photographie les stars (Sophia Loren, Catherine Deneuve...) et ses mannequins « fétiches » comme Anne Saint-Marie ou Bettina. Enfin, des photographies de voyages dévoilent un autre aspect de sa production. Elles correspondent aux débuts du « voyage culturel », que ne pouvaient alors s’offrir que certaines femmes très privilégiées. Les mannequins posent dans des tenues peu appropriées aux paysages exotiques et idylliques dans lesquels elles évoluent. Ces photographies de mode, réalisées entre 1964 et 1969 pour l’édition américaine, doivent faire rêver, mettre en valeur le vêtement tout en favorisant le développement de ce type de voyages au soleil. L’Italie, la Turquie, l’Inde, la Syrie ou l’Iran sont quelques-unes des destinations les plus appréciées, évoquées ici par une dizaine de tirages et un diaporama. Après 1969, qui marque la fin de ses « années Vogue », Henry Clarke collabore à d’autres magazines féminins jusqu’en 1991.

PARIS, Musée Galliera, 10, avenue Pierre 1er de Serbie, tél. 01 56 52 86 00, 23 octobre-2 mars, cat. éd. Paris-Musées, 160 p, 100 ill., 29 euros.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°543 du 1 janvier 2003, avec le titre suivant : Henry Clarke, l’âge d’or de la haute couture

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