Mardi 10 décembre 2019

Nice (06)

Henri Matisse sur grand écran

Musée Matisse - Jusqu’au 5 janvier 2020

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 29 octobre 2019 - 335 mots

« Quand je travaille, c’est une sorte de cinéma perpétuel. » Cette citation à l’esprit, le visiteur a les clés de compréhension de l’exposition que le jeu de mots du titre (« Cinématisse ») résume.

Pour Matisse, la fusion art-cinéma conduit à l’essence d’un réel qu’il spiritualise d’année en année. Également riches en photos, dessins ou documents inédits comme les pages de ses carnets, les trois sections traitent d’un pan de son œuvre jusqu’alors à peine effleuré. Non seulement divertissement (Matisse aime Charlot, Tarzan et Jean Renoir), mais aussi source inépuisable d’inspiration, le cinéma est moteur et acteur de son travail. Depuis sa rencontre avec Murnau à Tahiti en mai 1930 et sa présence sur le tournage de Tabou, dont on voit des extraits métaphoriques, Matisse donne à son style un tour à la fois rythmé et spatial. La délicate fluidité de certains papiers découpés évoquant le monde océanien se retrouve dans l’apesanteur des études d’orchidées et de feuilles de figuier. En mettant en regard les pièces exposées, on participe à une sorte de travelling filmant ce que Matisse ne cesse de concilier : le mouvement et la vitesse, la durée et l’instant, la série pour aboutir à l’image finale. Le saisis­sant collage Les Abeilles (1948) est la traduction esthétique de la bande stéréoscopique de Lucien Bull et son insecte volant (1904) accrochée en regard. De même, les différents états du Nu rose assis se concluent sur une huile sur toile homonyme charnelle mais épurée. Le tableau « progresse grâce à la mémoire qu’a le peintre des étapes précédentes », précise Claudine Grammont, co-commissaire. À voir et revoir aussi la séquence au ralenti de l’élaboration du portrait de la Jeune Femme en blanc sous l’objectif de François Campaux qui saisit l’hésitation puis la sûreté de la main. En fin de parcours, certains décors et les couleurs de leurs œuvres rappellent ce que Demy, Godard et les cinéastes de la Nouvelle Vague doivent au maître. Clap de fin avec La Mer d’Ange Leccia et son ressac matissien. Un bel hommage au peintre.

« Cinématisse »,
Musée Matisse, 164, avenue des Arènes-de-Cimiez, Nice (06), www.musee-matisse-nice.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°728 du 1 novembre 2019, avec le titre suivant : Henri Matisse sur grand écran

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