Hans Hartung

Le geste ajusté d’un géant de l’abstraction

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 1 février 2006

Pas moins de deux expositions simultanées, à Dunkerque et Angers, font redécouvrir le travail du peintre Hans Hartung (1904-1989), érigé à tort comme le père de l’abstraction lyrique.

Rendre compte de la logique d’une œuvre tout en mettant l’accent sur des jalons méconnus. Tel est le pari de l’exposition à trois voix organisée par le musée des Beaux-Arts d’Angers en symbiose avec la fondation Hartung d’Antibes. Outre le parcours chronologique orchestré par Vicente Todoli, l’événement offre quelques surprises avec un focus par Patrick Le Nouënne sur les aquarelles de 1922 et un éclairage sur l’année 1973, charnière dans l’œuvre d’Hans Hartung (1904-1989) qui aborde alors les très grands formats.
De son côté, Franz-W. Kaiser cherche à briser le mythe de la spontanéité d’Hartung dans le cadre de la carte blanche que lui donne le musée de Dunkerque. Il rappelle que le travail de l’artiste n’a jamais été aléatoire, une grande partie de son exécution ayant été progressivement déléguée à ses assistants. De là à en faire un artiste conceptuel, le raccourci est peut-être trop rapide.
Né à Leipzig dans une famille de médecins, et installé en 1915 à Dresde, Hartung découvre au musée de la ville, Rembrandt, Emil Nolde, puis en 1926 la peinture française. De 1924 à 1930, son regard se nourrit de voyages en Italie, aux Pays-Bas et en France où il copie les maîtres anciens comme Francisco de Goya. Influencé par les préceptes de la Section d’or, il cherchera l’équilibre et la justesse dans son travail. En 1935, il fuit le régime nazi pour s’installer en France. Engagé dans la Légion étrangère, il est amputé de la jambe droite sur le front d’Alsace.

Un demi-siècle d’une œuvre toujours renouvelée
À la fin des années 1940, ses créations se rythment de poutres quasi architecturales. De 1950 à 1955, les faisceaux de lignes qui parcourent ses dessins leur confèrent un caractère presque japonisant. Entre 1960 et 1970, son geste se libère grâce à l’acrylique. Ses tableaux se composent alors de signes grattés et griffés dans la peinture fraîche. Il juxtapose souvent les couleurs primaires jaune et bleu, toujours associées au noir, sa couleur fétiche. La pratique de la lithographie l’amène aussi à utiliser des rouleaux dans ses toiles.
Bien qu’il bénéficie d’une aisance financière et d’une reconnaissance internationale, Hartung ne se contentera pas d’ânonner le vocabulaire formel institué depuis plusieurs décennies.
Cohérente de bout en bout, l’œuvre d’Hans Hartung se dérobe souvent à une séduction facile.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°577 du 1 février 2006, avec le titre suivant : Hans Hartung

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