Mercredi 28 octobre 2020

Espace

Habiter Chamarande

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 1 juillet 2015 - 457 mots

Artistes, designers et architectes ont réfléchi à la notion d’« habitat » étendue au vivre-ensemble.

CHAMARANDE - « Habiter » (titre de l’exposition) le domaine de Chamarande n’est pas chose facile : le parc est immense et le château, construit en 1654, important. En plus, ses différentes pièces n’ont rien du « white cube » et portent encore la trace de son dernier propriétaire, Auguste Mione, entrepreneur en bâtiment, avant que l’ensemble ne soit racheté en 1978 par le Département de l’Essonne. Dans un tel contexte, on comprend mieux pourquoi, sous la houlette de Julie Sicault-Maillé, responsable des expositions, et de plusieurs commissaires (1), a été choisi cet été le thème de l’habitat, au sens élargi du vivre-ensemble et de l’écologie.

Bibliothèque saturée
On trouve, sur les dix-huit œuvres présentées, réalisées par des artistes mais aussi des collectifs ou des architectes, une grande diversité de types de formes. Ainsi la plateforme collaborative ConstructLab invite-t-elle le spectateur à réaliser lui-même des chaises en bois ; si la proposition est intéressante sur le plan du concept, elle n’est en rien plastique ni esthétique. Mais ce n’est pas son but. À l’inverse figurent des réussites visuelles, à l’exemple de la très belle œuvre de Charlotte Charbonnel intitulée Fumerolles et présentée dans la salle à manger des Chasses, qui fut aussi un fumoir. Son installation fait mine de partir de la cheminée et, à l’aide d’une tuyauterie en cuivre qui évoque des bois de cerf, produit des volutes de fumée. Une machine à fumée en quelque sorte. L’œuvre a été spécialement réalisée pour l’occasion, de même que la formidable installation de Jean-François Fourtou, Merci Louisette. L’artiste s’est emparé de la bibliothèque pour la saturer de meubles rustiques venant de sa tante, d’une quarantaine de grosses abeilles et apiculteurs en résine. Il propose, entre ruche et monde de l’enfance, une circulation labyrinthique, magique, à travers un cabinet de curiosités et un espace-cabane. Mais d’autres pièces, sélectionnées pour l’exposition, étaient déjà existantes. C’est le cas de La Maison vide de Pierre Ardouvin. Produit e par le CCC (Centre de création contemporaine) de Tours en 2011, cette enfilade de cloisons blanches inclinées, bancales, et d’encadrements de portes, véritable château de cartes, modifie complètement la perception du salon Blanc (en style rocaille du XVIIIe siècle) et donne l’impression d’avoir vraiment été pensée pour cet espace. À l’extérieur, dans le parc, le designer Florent Albinet convie le visiteur à monter sur Gabie, une structure flottante qu’il a installée sur le lac pour contempler le paysage différemment, avec un peu de hauteur. Enfin, Florence Doléac et David de Tscharner, en clin d’œil à Le Corbusier, ont disposé des petits habitacles monocellulaires, entre tente canadienne et mini-maison.

Note

(1) Paul Ardenne, Lauranne Germond, Pablo Georgieff, Thierry Paquot, Stefan Shankland.

HABITER

Jusqu’au 1er novembre, Domaine de Chamarande, 38, rue du Commandant-Arnoux, 91730 Chamarande, tél. 01 60 82 52 01, www.chamarande.essonne.fr, jusqu’au 31 août, tlj, dans le parc dès 9h, au château 12h-19h ; du 1er septembre au 1er novembre, au château, du mercredi au dimanche 13h-18h, entrée libre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°439 du 3 juillet 2015, avec le titre suivant : Habiter Chamarande

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