Bayonne

Guerre et Paix en Pays basque

Le Journal des Arts

Le 5 juillet 2016

Associé à San Sebastián, l'une des deux « Capitale européenne de la culture 2016 », le Musée basque de Bayonne célèbre le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse, une coproduction servie par de beaux prêts.

La ville de San Sebastián en Espagne, nommée « Capitale européenne de la culture » pour 2016, a construit sa programmation culturelle autour de l’idée du « tratados de paz », le traité de paix. Entre San Sebastián, Salamanque, Barcelone ou Bilbao, Bayonne est la seule ville française à participer à cette constellation d’expositions estivales, en livrant deux variations. L’une s’offre comme la relecture contemporaine d’un épisode peu glorieux de la conquête napoléonienne (lire l’encadré) ; l’autre, comme une grande exposition autour du mariage de Louis XIV et de Marie-Thérèse d’Autriche, célébré dans le Pays basque français en 1660. Intitulée « La paix des Pyrénées », celle-ci est présentée au Musée basque et d’histoire. Un duo de conservateurs, pour l’un venu de Madrid, pour l’autre dirigeant le musée bayonnais, explique la grande qualité et la pertinence des œuvres et objets réunis. Javier Portús, commissaire espagnol, apporte en « dot » des portraits du Prado, des documents de la Bibliothèque nationale d’Espagne et autres œuvres choisies dans les musées espagnols. Du côté français, Olivier Ribeton, grâce à des prêts du Louvre, de la Bibliothèque nationale de France ou de Versailles, complète les collections du Musée basque, déjà bien servies par la collection des ducs de Gramont : en 1659, l’un d’eux sera l’ambassadeur français chargé de demander la main de l’infante Marie-Thérèse pour le jeune Louis XIV.

Ce mariage doublement royal permet aux commissaires d’évoluer entre histoire et arts : le portrait de cour est naturellement omniprésent. Plusieurs œuvres de l’atelier de Vélasquez, dont L’Infante Marie-Thérèse, future reine de France (Louvre) et le monumental portrait de Marie-Anne d’Autriche (Prado), viennent contrebalancer les portraits français exécutés par les frères Beaubrun, Philippe de Champaigne ou Jean Nocret. En 1655, ces artistes sont chargés par la reine Anne d’Autriche de peindre la famille royale française pour un envoi dynastique à Madrid ; leurs portraits sont pour la première fois réunis en France.

Chaque cour fait donc assaut d’élégance et de raffinement, alors que Madrid est en déclin et que Paris, fière de ses victoires militaires contre sa cousine espagnole, esquisse une volonté hégémonique qui se concrétisera dans la deuxième moitié du siècle. Vues et topographies du XVIIe siècle interrogent sur l’idée de frontières, tandis que l’allégorie à la française devient un véritable instrument politique sur les médailles, estampes et dessins populaires : l’exposition, très dense, se veut complète. Entre les murs exigus du Musée basque, les méandres imposés par l’architecture peuvent apparaître compliqués pour la compréhension du visiteur. C’est bien le seul reproche que l’on trouvera à ce mariage franco-espagnol, qui se révèle très heureux.

1660, La paix des Pyrénées

Commissariat : Olivier Ribeton, conservateur en chef du Musée basque de Bayonne ; Javier Portus, conservateur de la peinture baroque espagnole au Prado
Nombre d’œuvres : env. 140

« 1808 », une réécriture contemporaine maladroite

Bayonne revient sur un épisode de l’épopée napoléonienne, celui de l’abdication des rois d’Espagne au profit de Joseph, frère de l’Empereur, en 1808 dans la cité basque. Censé apporter la paix, cet événement mènera à une rébellion sanglante, illustrée fameusement par Goya. Le commissaire José Ramón Ais, plasticien espagnol, a voulu évoquer le quotidien de la famille royale espagnole en exil en France et proposer une variation sur l’ornement et la botanique : les princesses espagnoles, recluses et privées d’activités sociales, s’attachèrent à broder sur leur mobilier les plantes qui peuplaient leur jardin. Mais la démonstration, trop intellectualisée, est parasitée par des choix d’œuvres contemporaines politisées, s’éloignant du sujet initial. « 1808. L’abdication à Bayonne, ornement et délit », galerie d’art Didam, 6, quai de Lesseps, 64100 Bayonne, tél. 05 59 46 61 59. Jusqu’au 25 septembre.

1660, La Paix des Pyrénées : politique et famille, L’esprit de vélasquez

Jusqu’au 25 septembre, Musée basque et de l’histoire de Bayonne, 37, quai des Corsaires, 64100 Bayonne, tél. 05 59 59 08 98, www.musee-basque.com, juillet-août : tlj 10h-18h30, jeudi jusqu’à 20h30, septembre : tlj sauf lundi, 10h-18h30, entrée 6,50 €. Livret d’exposition, 40 p., 5 €.

Légende Photo :
Diego Velázquez (et atelier ?), L'Infante Marie-Thérèse, future reine de France, huile sur toile, Musée du Louvre, Paris. © Photo : RMN (musée du Louvre)/Michel Urtado.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°461 du 8 juillet 2016, avec le titre suivant : Guerre et Paix en Pays basque

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