Mercredi 21 novembre 2018

Guerre et Paix

Les succès du style Empire, de Paris à Saint-Pétersbourg

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 13 juin 2003 - 774 mots

À l’occasion du tricentenaire de Saint-Pétersbourg, le Musée de l’armée, à Paris, a réuni quelque 300 œuvres – tableaux, aquarelles, porcelaines, armes, argenterie, pièces de mobilier, costumes – provenant de divers musées russes et de ses propres collections. Installées dans les six chapelles du Dôme des Invalides, ces pièces évoquent l’histoire culturelle commune de la France et de la Russie au début du XIXe siècle. Seule ombre au tableau : le parcours est totalement dépourvu d’explications, et le visiteur, laissé à l’abandon.

PARIS - D’un côté, le célèbre portrait de Napoléon Ier sur le trône impérial (1806), réalisé par Jean-Auguste Dominique Ingres, où l’Empereur est représenté de face, assis sur son siège impérial, vêtu de la tunique, du grand manteau de sacre et des regalia. De l’autre, le Portrait d’Alexandre Ier (tsar de Russie de 1801 à 1825) exécuté par George Dawe (1824), qui a immortalisé, sur fond de paysage, l’empereur en uniforme du régiment des gardes impériaux, paré de ses nombreuses décorations. Installés de part et d’autre du vaste hall du Dôme des Invalides, les deux portraits ouvrent l’exposition que le Musée de l’armée consacre aux rapports artistiques entre la France et la Russie au début du XIXe siècle. À cette époque, l’aristocratie russe, et particulièrement celle de Saint-Pétersbourg, parlait et vivait “à la française”, et ce malgré les conflits entre les deux pays. L’institution parisienne ne pouvait pas rêver meilleur endroit pour accueillir près de 300 œuvres provenant des musées de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg), du Kremlin (Moscou), d’histoire nationale (Moscou), du Musée d’État Pavlovsk, des archives d’État de la Fédération de Russie (Moscou) et de ses propres collections. L’ensemble se déploie dans les six chapelles de l’église du Dôme, tout autour du tombeau de Napoléon. Des vitrines très lumineuses créent un nouvel espace en complète harmonie avec le faste du lieu originel. Mais, si la scénographie prend soin de magnifier les armes d’or et de bronze, les porcelaines à l’effigie des empereurs, les différentes pièces d’orfèvrerie ou bijoux commémoratifs, le visiteur, lui, est totalement négligé. Des panneaux et cartels ne donnant même qu’un minimum de repères historiques manquent cruellement à l’appel.

De nombreuses similitudes
Les œuvres sont regroupées selon deux grands thèmes : “La guerre” (les figures emblématiques des empereurs, les conflits) et “La paix” (les différentes facettes du style Empire). Au centre du premier espace trône l’immense vase Russie (1828), haut de plus de deux mètres, réalisé conjointement par des artistes français et russes à la Manufacture impériale de Saint-Pétersbourg pour le quinzième anniversaire de la victoire remportée dans la guerre contre Napoléon Ier. Une pièce unique en son genre par sa taille, mais aussi par sa perfection artistique et technique. Autre œuvre monumentale : le tableau d’Horace Vernet, Invalide adressant une demande à Napoléon à la revue de la garde devant le palais des Tuileries à Paris (1838), commandé au peintre par Nicolas Ier (tsar de 1825 à 1855). La légende veut que l’empereur ait déclaré à son sujet : “Ce tableau restera dans mon cabinet. Je veux avoir toujours sous les yeux la garde impériale parce qu’elle a pu nous battre”.
L’exposition donne aussi à voir des pièces plus intimistes, comme la correspondance privée d’Alexandre Ier, notamment la lettre que lui adressa Napoléon annonçant son mariage avec Marie-Louise d’Autriche. Un document d’autant plus intéressant que l’empereur français avait, auparavant, entrepris des démarches pour épouser la sœur du tsar, la grande duchesse Anna Pavlovna. Installés en regard les uns des autres, les objets d’art russes et français permettent de suivre l’évolution du style Empire, de Paris à Saint-Pétersbourg. Le Rafraîchissoir du service de Gouriev, exécuté par la Manufacture impériale de porcelaine de la ville russe, n’est pas sans rappeler le Rafraîchissoir du service olympique Adam (1804-1807), conçu par la Manufacture de Sèvres et offert à Alexandre Ier par Napoléon en 1807. De même, les deux samovars exposés présentent de nombreuses similitudes : l’un, réalisé à Paris (1797-1809) par le célèbre orfèvre parisien Jean-Baptiste Odiot, est caractéristique du style Empire tardif (sobriété du décor, noblesse des lignes et architectonique de la composition), l’autre datant du premier quart du XIXe siècle, est originaire de Toula où fut fondée en 1712 la première manufacture d’armes de Russie. Sur ce même principe de comparaisons, deux galeries exposent des tenues vestimentaires, militaires et civiles, des deux pays, face à des portraits d’officiers et d’aristocrates russes ou français. Un ensemble d’exception qui méritait bien quelques explications...

PARIS – SAINT-PÉTERSBOURG, 1800-1830

Jusqu’au 31 août, chapelles de l’église du Dôme des Invalides, (entrée par la place Vauban), hôtel national des Invalides, 129 rue de Grenelle, 75007 Paris, tél. 01 44 42 37 72, tlj sauf les premiers lundis du mois, 10h-18h.

Mémoires d’immigrés

Le Musée de Montmartre, à Paris (du 20 juin au 21 septembre, tél. 08 92 23 11 17) célèbre, lui aussi, le tricentenaire de Saint-Pétersbourg, à travers 140 œuvres d’artistes russes ayant travaillé en France dans la première moitié du XXe siècle. Les œuvres sont signées Natalia Gontcharova, Michel Larionov, Vladimir Baranoff-Rossiné, Zénaïde Serebriakoff ou Philippe Maliavine (lire aussi p.26).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°173 du 13 juin 2003, avec le titre suivant : Guerre et Paix

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