Madrid (Espagne)

Greco à l’avant-garde

Musée du Prado Jusqu’au 5 octobre 2014

Par Marie Zawisza · L'ŒIL

Le 26 juin 2014 - 331 mots

Longtemps, on l’a cru enterré. Après sa mort, pendant plus de deux cents ans, Domenikos Theotokopoulos – appelé « El Greco » – avait sombré dans l’oubli. Jusqu’à ce que soudain, au XIXe,

Théophile Gautier s’enthousiasme pour cet artiste « extravagant », qui « jette çà et là des coups de brosse d’une pétulance et d’une brutalité incroyables, des lueurs minces et acérées qui traversent les ombres comme des lames de sabre ». Voici le maudit propulsé à l’avant-garde. À l’occasion du 400e anniversaire de sa mort, le Musée du Prado, qui s’enorgueillit d’abriter la plus grande collection d’œuvres du Greco au monde, a décidé de mettre en évidence l’impact de ce peintre singulier sur la peinture moderne. Il a pour cela fait venir des chefs-d’œuvre des plus grands musées – en particulier La Vision de saint Jean du Metropolitan Museum –, décisive dans la naissance du cubisme à travers le regard de Picasso, qui la découvrit peu avant Les Demoiselles d’Avignon, et le Laocoon de la National Gallery de Washington, essentiel à l’essor de l’expressionisme allemand, notamment pour avoir marqué profondément Kokoschka. C’est ainsi qu’à travers une centaine d’œuvres, de Manet et Cézanne à Francis Bacon, s’esquisse une histoire de l’art moderne plongeant ses racines dans les toiles d’un Crétois du XVIe siècle venu créer et mourir à Tolède. Sous les yeux des visiteurs, se profilent soudain, au détour d’un Nu de Picasso, les plis des longues figures strapassées du Greco, tandis que sous les couleurs et les compositions orphiques de Delaunay affleurent ces bleus, ces roses, ces jaunes, ces gris qui ont tant heurté, parfois, l’œil du Siècle d’or. Une impertinence que l’on retrouve d’ailleurs chez Jackson Pollock et les expressionnistes américains. « Ils ont admiré l’extrême liberté de la peinture de ce migrant précurseur du melting pot, marqué par la peinture byzantine comme par la Renaissance italienne et la peinture espagnole », souligne Javier Barón, commissaire de l’exposition du Prado. Voici donc Le Greco plus vivant que jamais.

« Le Greco et la peinture moderne »

Musée du Prado, Paseo del Prado, Madrid (Espagne), www.elgreco2014.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°670 du 1 juillet 2014, avec le titre suivant : Greco à l’avant-garde

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