Granet, en double

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 24 mars 2009

« Les couples » présente une trentaine de sculptures figuratives, récentes et plus anciennes, de Roseline Granet, sculptrice française née en 1936 à Paris.

De grandes, moyennes et petites dimensions, ses sculptures, toutes en bronze sauf un grand plâtre (Grande Rencontre, 200 x 170 x 118 cm), sont entièrement dédiées au mouvement. Il est perpétuel dans cette série lyrique conjuguant dynamique baroque et accents tragiques renvoyant à Giacometti : ça vole, flotte, se renifle, s’embrasse et autres – ses duos d’humains, et parfois d’animaux, ne cessent d’entrer dans la danse afin de jouir ad libitum de leur puissance d’êtres vivants.
Avec cette ronde de couples en activité, la galerie Darthea Speyer se transforme bientôt en un parc d’attractions laissant libre cours à des hommes et femmes comme aimantés par un courant magnétique qui les fait se toucher, afin peut-être de ne former plus qu’Un. Mais, dans cet investissement total du corps, que ce soit celui de ces figures à l’oblique ou de l’artiste au travail, on devine constamment un double mouvement : ces corps voués à l’expression de la joie de vivre sont souvent creusés, comme tiraillés entre leur plénitude et le tragique de l’existence. Et c’est assurément le pas de deux qui anime cette œuvre qui en fait toute sa singularité, en ce sens que sa plasticité évoluant dans l’entre-deux (entre élan et chute, plein et creux, ombre et lumière) épouse subtilement l’incertitude de « cette chose plus compliquée et plus confondante que l’harmonie des sphères : un couple » (Gracq).

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« Roseline Granet – Les couples », galerie Darthea Speyer, 6, rue Jacques-Callot, Paris VIe, jusqu'au 2 mai 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°612 du 1 avril 2009, avec le titre suivant : Granet, en double

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