Lundi 17 décembre 2018

Goya

L'ŒIL

Le 1 mai 2001 - 260 mots

Dès l’introduction, l’ambition de cet ouvrage est clairement annoncée : il s’agit non pas d’une monographie mais plutôt « d’un essai visant à mettre en lumière les aspects de l’art de Goya qui font de lui un peintre étonnamment d’actualité pour notre époque ». On applaudit. Né au XVIIIe siècle dans une Espagne peu marquée par l’esprit des Lumières, Goya incarne en effet, et peut-être le premier, le désespoir de l’âge moderne. Pour bien mettre en avant la modernité de son héros, que du reste personne ne contestait, Licht n’hésite pas à forcer le trait, décrivant l’art antérieur comme « conservateur », voire « réactionnaire », encouragé dans ce sens par le trône et l’autel. Vivant à une époque qu’il perçoit comme fondamentalement anarchique, Goya traduit cette anarchie dans le langage de la peinture. A grands coups de digressions et de comparaisons presque systématiquement anachroniques, s’élabore ainsi la statue du génial précurseur et de son magnifique isolement. Le portrait est rehaussé de quelques vérités bien assénées comme : « Aucune des toiles à sujet religieux peintes au XIXe ou au XXe siècle ne saurait prétendre au statut d’œuvre sacrée » ou encore : « Depuis 1800 environ, l’œuvre de tout peintre contient, ou est censée contenir, un défi polémique (...) ». Muni de ce puissant viatique, le lecteur peut enfin se tourner vers la peinture elle-même, somptueusement reproduite comme toujours dans cette collection.

- Fred Licht, Goya, trad. par Michaël Gibson et Marie Grocholska, éd. Citadelles & Mazenod, 360 p., 300 ill., 880 F jusqu’au 30 juin, puis 1100 F.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°526 du 1 mai 2001, avec le titre suivant : Goya

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