Mercredi 14 novembre 2018

Gottfried, Josef, Aurélie, François… et les autres

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 26 juillet 2007 - 364 mots

Le débat est ancien. Face à une œuvre, faut-il ou non connaître celui qui en est l’auteur ? Si l’occasion nous est donnée de le rencontrer, faut-il aussi connaître l’homme qu’il est ? Chacun a sa réponse. Cela dépend tout aussi bien de l’artiste que du regardeur. Le premier ne voudra jamais se dévoiler quand le second cherchera à le démasquer. Ou bien, au contraire, celui-là ne voudra rien en savoir quand celui-ci ne pourra cacher son jeu. Avec Gottfried Honegger, ce débat est résolument obsolète : l’artiste et l’homme ne font qu’un. Honegger est un être entier.
Figure majeure d’un art concret qu’il a porté – en toute complicité avec Sybil Albers – sur les fonds baptismaux d’un centre d’art qui lui est exclusivement consacré, Honegger se trouve à son tour l’invité de ce dernier. En route vers ses quatre-vingt-dix ans, la passion toujours concrète, le voilà qui se pose un moment en lieu et place qu’il a conçus, chez lui en quelque sorte. Le choix qu’il a fait d’y inviter ses amis peintres et sculpteurs ne surprendra pas ceux qui le connaissent. Gottfried Honegger est incapable d’individualisme. Artiste, penseur et théoricien, il ne peut se passer du jeu des confrontations et des rencontres ; homme de dialogue, il n’arrête pas d’échanger sur l’art et sa nécessité.
Accrochés sur les murs immaculés du château de Mouans, les onze tableaux monochromes qu’il a réalisés l’an dernier ne se contentent pas de revenir une nouvelle et différente fois sur la relation de la peinture à l’espace, ils poursuivent l’échange jamais interrompu avec ses pairs. La magie de l’art opérant, il suffit de faire silence, de voir et d’écouter : alors les paroles aujourd’hui tues d’Albers, d’Arp, de Bill, de Nemours, de Francis, de Calder s’élèvent et se mêlent à celles toujours vives et enjouées de Morellet et d’Honegger lui-même. Tous compagnons de cette même aventure qui, si elle est fondée sur l’idée d’une radicalité formelle, n’en est pas moins intense, colorée et généreuse. À l’image de celui qui en est son meilleur porte-parole.

« Gottfried Honegger, des rencontres… qui m’ont marqué », Espace de l’Art concret, château de Mouans, Mouans-Sartoux (06), tél. 04 93 75 71 50, jusqu’au 10 juin 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°591 du 1 mai 2007, avec le titre suivant : Gottfried, Josef, Aurélie, François… et les autres

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