Francfort

Goethe et l’art

Le poète romantique aimait une esthétique classique

Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1994

L’exposition \"Goethe et l’Art\" à la Schirn Kunsthalle de Francfort, s’appuie sur Goethe et son œuvre pour présenter son époque.

FRANCFORT - Le destin des grands hommes est souvent d’être invoqués par les générations postérieures pour soutenir des causes et des idées avec lesquelles ils pouvaient fort bien n’avoir aucune sympathie. Dans l’Allemagne de 1932, un siècle après la mort de Goethe, les célébrations exaltèrent un idéal de Deutschtum qu’il trouvait détestable. En 1949, pour le bicentenaire de sa naissance, on l’a commémoré sous les espèces d’un grand Européen, ce qu’il aurait sans doute beaucoup plus apprécié.

Mais "Goethe et l’Art" a des implications politiques inévitables dans l’Allemagne actuelle. Durant trois ans, vingt conservateurs, archéologues, philosophes, scientifiques et spécialistes de littérature allemande ont travaillé sous la conduite de Sabine Schulze, de la Schirn Kunsthalle, en collaboration avec la Stiftung Weimarer Klassik (une fondation culturelle régionale) et la Freie Deutsche Hochstift  (fondation éducative).

L’exposition est une vaste combinaison – 380 œuvres – touchant l’art qui a influencé Goethe, l’art qui a représenté Goethe, l’art influencé par Goethe et l’art illustrant ses études scientifiques. Il y a là des œuvres d’art capitales, comme la Sainte Cécile de Raphaël, qui enthousiasma Goethe lorsqu’il la vit à Bologne en 1786, parce qu’elle lui paraissait unir la spiritualité et le charme physique. La section sur la collection personnelle de Goethe comprend des dessins de Rembrandt, van Ostade et Watteau, et des estampes.

On verra quarante des cent portraits, depuis le jeune homme peint par Angelica Kauffman, jusqu’au poète en Apollon, la plupart offrant la respectabilité propre à la bourgeoisie allemande.?Les quarante dessins du poète révèlent un amateur un peu maniéré. Il est plus original comme théoricien des couleurs, "essayant de dépasser l’antagonisme entre observation scientifique et perception sensuelle", selon Sabine Schulze. Les grands musées ont prêté des œuvres et la dimension intellectuelle de l’entreprise se reflète dans le catalogue (1).

(1) Goethe et l’art, Verlag Gerd Hatje, Stuttgart, 420 p., 300 ill, DM 59 (200 FF.).

Francfort,Schirn Kunsthalle, "Goethe et l’art", jusqu’au 7 août, puis aux Staatliche Kunstsammlungen de Weimar, 28 août-30 octobre 1994.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°5 du 1 juillet 1994, avec le titre suivant : Goethe et l’art

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